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INTERVIEW : IM SANG-SOO (LE VIEUX JARDIN)

INTERVIEW : IM SANG-SOO (LE VIEUX JARDIN)

Tout sur LE VIEUX JARDIN - La Critique - Le 2007-04-10 03:04:21


Après avoir débuté auprès du célèbre réalisateur Im Kwon-Taek en tant qu'assistant puis scénariste, Im Sang-Soo marque les esprits dès son premier film en 1998, Girls Night Out, qui aborde de front la question de la sexualité féminine. Ce succès public et critique lui permet de réaliser quelques années plus tard son second long-métrage, Tears, une oeuvre nettement plus sombre qui dresse un tableau peu flatteur de la Corée du Sud d'aujourd'hui à travers l'histoire d'adolescents de la rue qui vendent leur corps. Fortement controversé, le film provoque des réactions extrêmes de la part de certains spectateurs tandis qu'il remporte un fier succès au festival de Pusan. Avec son troisième film, Une Femme Coréenne, Im Sang-Soo confirme son goût pour les sujets subversifs en s'attardant cette fois sur la liaison d'une femme délaissée par son mari avec son jeune voisin de dix-sept ans. Tragique sans jamais paraître mélodramatique, Une Femme Coréenne bouleverse par les sentiments extrêmes et les sensations très pures qui s'en dégagent, révélant par la même occasion au monde entier la comédienne Moon So-Ri, remarquable dans le rôle principal. Présenté à Venise et à Pusan, le film obtient aussi le Lotus D'Or au 6e Festival du Film Asiatique de Deauville.

Le Vieux Jardin Im Sang-Soo

Le goût prononcé du réalisateur pour l'auscultation de la société coréenne s'étend au passé politique du pays avec The President's Last Bang qui relate les événements précédant et suivant l'assassinat du Président Park Chun-Hee en 1979. Déployant des trésors de mise en scène, notamment lors d'un plan séquence stupéfiant qui se déroule juste avant le meurtre, Im Sang-Soo tente de démontrer qu'un système politique tel que la Démocratie ne saurait être transposable du jour au lendemain à un pays qui sort tout juste d'une dictature. Les intentions du réalisateur ne l'empêchent pas d'être le sujet d'attaques de la part des descendants du président qui accusent le film de montrer Park Chun-Hee comme un homme décadent. La Censure tranche et le film est amputé de ses premières minutes, des images d'archives qui se verront cependant réintégrées lors de la ressortie du film en 2006. A présent, Im Sang-Soo s'attaque à l'adaptation du Vieux Jardin, roman à succès de Hwang Seok-Yong. L'histoire se déroule au lendemain de l'assassinat de Park Chun-Hee et relate les destinées d'une femme peintre et de son amant, un activiste en lutte contre le gouvernement.
De passage à Deauville à l'occasion du festival du film asiatique, Im Sang-Soo nous a accordé un petit moment pour nous parler du Vieux Jardin, présenté en section Panorama. Sa filmographie laisse présager d'une personnalité à part, une impression qui se confirme lorsque nous le rencontrons : souriant, l'air détendu, Im Sang-Soo n'y va pourtant pas par quatre chemins pour exprimer ses idées lorsque nous l'interrogeons sur le contenu de son dernier film.

Le Vieux Jardin Im Sang-Soo

Le contexte historique du Vieux Jardin prolonge les événements développés dans The President's Last Bang mais s'attarde davantage sur les destins individuels. Aviez-vous à coeur de montrer l'impact de ces bouleversements politiques sur les individus ?
Im Sang-Soo : Exactement. Après l'assassinat du président Park Chun-Hee, tout le monde souhaitait voir la démocratie s'installer dans le pays et tentait de fuir ce régime politique oppresseur. Le massacre de Kwangju a eu un énorme impact sur les Coréens et possède une signification particulière, pour deux raisons. La première, c'est que tous les étudiants et les activistes qui étaient plein de rêves et d'idéaux à cette époque se sont rendus compte qu'ils ne pouvaient pas changer le monde face aux armes à feu du gouvernement. C'est à cette période que des mouvements ouvriers se sont développés en Corée et que de nombreux étudiants ont abandonné la fac pour aller à l'usine, tout comme dans le film la jeune fille qui se suicide en s'immolant. La deuxième chose que les Coréens ont apprise à travers ces événements est que les Etats-Unis ne voulaient pas voir la démocratie s'instaurer en Corée et n'étaient pas du tout du côté des libéraux. Il existe d'ailleurs un documentaire télévisé sur le sujet. Les Etats-Unis ont indirectement participé à ce massacre.

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