Une sixième vague de films (
Divine enfant, Les vierges, Noir comme le souvenir, Chut!, Touristes Oh Yes!, Le mari de Léon et
Les ballets écarlates) vient compléter la collection Jean-Pierre Mocky (nous en reparlerons en détail prochainement dans un dossier). L'occasion de prendre le pouls d'un réalisateur qu'on adore et de le passer une nouvelle fois à la question. Ses réponses sont à son image : provocatrices, franches, drôles, lucides, touchantes.
Qu'est-ce que Noir comme le souvenir, thriller qui lorgne vers une dimension onirique, représente dans votre filmographie et quels sont ses liens intrinsèques avec Litan, l'un de vos rares films fantastiques ?
On a utilisé des extraits de
Litan dans
Noir comme le souvenir pour des soucis économiques. Lorsqu'un personnage regarde la télé, on ne pouvait pas se permettre de diffuser
Dracula donc on a mis
Litan pour fuir les problèmes de droits.
Noir comme le souvenir est un film qui n'a pas marché parce que Jane Birkin n'est pas une vedette. Ça aurait été interprété par Deneuve ou Sharon Stone, ça aurait mieux marché.
Pourquoi l'aviez-vous choisie ?
Je ne l'ai pas choisie. A l'origine, j'aimais beaucoup le roman de Carlene Thomson, la femme de Steven Spielberg. Steven m'avait dit un jour que sa femme écrivait de très belles choses. Après, il l'a quittée, il est parti avec une autre. Un soir, elle me donne son roman. Il n'était pas en Français. Pendant la lecture, je trouvais ça passionnant parce que je ne savais pas qui était l'assassin. Quand j'ai su qui c'était, je me suis fait avoir. C'est un film que j'ai réalisé avec des Suisses, parce qu'ils ont aimé le sujet.
Pourquoi selon vous un film comme Le Deal a bénéficié d'une sortie en salles et pas Les Ballets écarlates ? Est-ce seulement le sujet dérangeant ou d'autres motifs moins avouables ?
C'est le grand problème du cinéma. Je dois faire un exposé à la Sorbonne là-dessus. J'ai 74 ans dans trois mois et ça fait près de cinquante ans que je fais du cinéma. Pendant tout ce temps, les choses se sont terriblement détériorées, un peu comme le réchauffement de la planète. Aujourd'hui, les cinéastes peuvent faire faillite uniquement en faisant de la publicité, c'est-à-dire engager des fonds dans la promotion d'un film comme ceux qui prennent parfois la première page du Pariscope. Il y a 200 films produits en France par an et il y en a dix ou quinze que tout le monde retient comme
Prête-moi ta main. Simplement parce qu'ils se financent grâce à la pub. Derrière eux, il y a 180 films comme les miens. Ceux-là, ce sont des petits producteurs qui misent tout ce qu'ils ont pour obtenir de la publicité et finissent par s'endetter. Au moment où le film est terminé, ils créent des affiches sur des autobus ou les déposent dans le métro. Ils dépensent des milliers d'euros. Avec
Peindre ou faire l'amour, ils ont dépensé 700 000 euros de publicité. Peu importe la qualité du film : même si le film marche, ils ne gagnent pas une thune. Sinon, ils perdent un peu d'argent. Mon problème, c'est qu'après avoir fait
Le miraculé qui à l'époque avait fait 115 000 entrées dans la première semaine, je pensais avoir fidélisé un public. J'aurais dû me méfier : Michel Deville que j'aime beaucoup avait fait un film qui s'appelait
Benjamin ou les mémoires d'un puceau (1968) et il avait fait un tabac. Le film suivant,
Bye bye, Barbara dans lequel il y avait une actrice qui s'appelait Eva Swann qu'ils avaient essayé de lancer comme une vedette, s'est complètement cassé la gueule. Zéro.