
LA FAILLE
Un film de Gregory Hoblit
Avec Anthony Hopkins, Ryan Gosling, David Strathairn
Durée: 1h50
Date de sortie : 09 mai 2007

L'intrigue du nouveau thriller de Gregory Hoblit est aussi alléchante que le laisse supposer son pitch, magnifiquement résumé sur l'affiche du film : un Anthony Hopkins au regard de cristal déclarant avec un sang-froid aussi ironique que glacial qu'il a tué sa femme mais que maintenant, il va falloir le prouver. Les Sherlock Holmes en herbe auront pourtant peut-être deviné dès le début le tour de passe-passe duquel va découler cet imbroglio judiciaire qui va coûter cher à tout le monde, sauf à l'accusé. Et il est vrai que l'entrée en matière du film (la tentative de meurtre) a de quoi laisser perplexe, avec son amateurisme qui rappelle n'importe quel vieil épisode de Columbo.
De ce point de vue, La Faille ne prétend pas révolutionner les codes du film de procès, mais cherche au contraire à les renouveler dans le respect des traditions, pour faire perdurer un genre tombé en désuétude, seulement récupéré de temps en temps pour défendre diverses causes à la mode chez nos amis acteurs (les grands consortiums économiques ou médiatiques, la peine de mort, etc.). On est ici bien loin de toute thématique grandiloquente et humaniste, Hoblit préférant miser sur une intrigue plus intimiste, où chaque personnage secondaire a sa place et son rôle à jouer.

Idée originale, le rôle de l'emmerdeur de service qui va farfouiller dans la vie de l'inculpé ne revient pas à un vieil inspecteur mal rasé comme on pourrait le croire au début, mais à un jeune procureur du service public (Ryan Gosling, très convaincant) à qui tout réussit (jugez plutôt : un taux de réussite judiciaire à faire pâlir tous ses collègues, un pont d'or offert par un cabinet privé, son alter ego féminin qu'il rencontre là-bas) et qui va prendre le risque mettre en jeu sa carrière pour boucler cette dernière affaire. C'est comme on peut s'y attendre un rapport de force inversé qui va s'instaurer entre le prévenu et le magistrat, le chasseur devenant progressivement la proie sous la pression menaçante et vicieuse d'un Anthony Hopkins plus cabotin que jamais.
La vie de rêve du golden boy va alors se déliter au fur et à mesure que le procès n'en finit plus de s'embourber et de traîner en longueur, sous le regard amusé et faussement candide du meurtrier, qui connaît mieux son sujet que tout le monde. C'est une partie d'échec qui s'engage en dehors du tribunal, l'accusé Crawford s'appuyant sur la relation extraconjugale entre sa femme et le détective Nunally pour déstabiliser ce dernier et retourner la situation à son avantage, avant d'endosser le rôle de victime dans une dernière partie qui mettra à rude épreuve les nerfs de plus d'un spectateur.

Sans bouleverser les conventions du genre mais avec une réalisation élégante et un suspense intelligemment étagé, La Faille provoque le même effet qu'un épisode de l'inspecteur à l'imperméable usé : so addictive !
Augustin Derigny
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