
Par Romain Le Vern

LA BONNE IDEE
Résumons sommairement: Hayley (14 ans) et Jeff (32 ans) se sont connus sur internet. Sur le papier, l'histoire est digne de Nabokov: un photographe traîne son ennui en surfant sur le web. Jusque là rien de grave. Sauf que le jeune homme en question aime à aller sur les chats de rencontre et torturer l'esprit de demoiselles en fleur. Elle lui propose d'aller chez lui, il accepte. Ils s'amusent, boivent de l'alcool, trinquent à leur rencontre. Lorsqu'il se réveille, Jeff est ligoté et Hayley retourne tout chez lui. En plus de ça, elle n'aime pas Goldfrapp.

HARD CANDY SELON PATRICK WILSON
"A la première lecture, je me suis demandé qui avait pu écrire ça. J'étais intrigué parce que je ne savais pas quoi en penser. Il en émane une telle violence physique. Personnellement, je n'avais jamais vu une telle explosion de violence latente dans un film américain. Je me suis également demandé comment j'arriverais à retranscrire cet état. Parmi les choses qui m'ont aussi déroutées, il y a le fait que nous avons tourné le film en seulement 18 jours. Ma petite amie de l'époque a lu le script et m'a conseillé de le faire parce que le personnage était très ambigu et que cette occasion ne se présente pas tous les jours. Je suis heureux du résultat."
AUDITION VERSUS HARD CANDY

Dans le genre horrifique US, Hard Candy propose une habile alternative à la surenchère gore de films comme Saw en s'accommodant de son budget dérisoire et sa courte durée de tournage. Mais si on ne se fond pas dans l'atmosphère oppressante, on peut également trouver l'exercice fastidieux ou factice. Après diverses présentations à travers les festivals du monde entier (il a remporté le grand prix au festival de Sitges), le premier long métrage de David Slade a connu un effet de buzz incroyable. Comme Saw, Hard Candy est le nouveau phénomène de Lion Gate Films. Pour faire simple, tout le monde en est tombé amoureux. Tom Ortenberg, président de Lions Gate Films Releasing, a précisé: "Ce film est porté par deux interprètes remarquables. Il a retenu notre attention en raison de sa qualité de suspense psychologique provocateur et racé". Pour lui, cela ne fait aucun doute : "David Slade se présente comme un important nouveau talent grâce à ce premier long métrage marquant.". Déclaration à laquelle Slade a répondu: "Ce film est le fruit de l'excellent scénario de Brian Nelson ainsi que de tout le travail et la passion de la distribution, de l'équipe technique et de tous les producteurs du film, y compris Michael Caldwell et Richard Hutton à Vulcan Productions ainsi que David Higgins et Hans Ritter. Lions Gate nous a approchés avec le même dévouement et enthousiasme que nous avons mis à produire ce film."

Il faut dire que l'opus donne presque l'impression d'avoir été calibré pour que l'on parle de lui à travers des séquences potentiellement impressionnantes. Après la projo, une référence vient en tête: Audition, de Takashi Miike, adaptation jubilatoire d'un roman-feuilleton de Ryu Murakami, où le prédateur n'était pas celui qu'on croie. Au départ, pourtant, c'est le producteur David Higgins qui a eu l'idée de ce huis clos puissant où les barrières morales sont brouillées et dans lequel un chat et une souris (tour à tour chat et souris) sont isolés dans un huis clos riche en conversation salée et en révélations progressives. Le concept a germé alors qu'il lisait un article de journal sur des jeunes lolitas au Japon qui entamaient des relations sur Internet avec des hommes plus âgés, leur fixaient des rendez-vous et les attendaient avec plusieurs amis pour les agresser. Si Higgins a transposé cette anecdote aux Etats-Unis, il n'en trahit pas moins une inspiration éminemment orientale avec suffisamment d'éléments gratinés pour relever la sauce (torture, sadisme, suggestion ouatée).
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