
GYPSY CARAVAN
Un documentaire de Jasmine Dellal
Avec : Antonio El Pipa et son ensemble flamenco (Espagne), Esma Redzepova et l'ensemble Teodosievski (Macédoine), Fanfare Ciocarlia (Roumanie), Maharaja (Inde), Taraf de Haïdouks (Roumanie)
Durée : 1h50
Date de sortie : 20 juin 2007

C'est au début des années 90 que Jasmine Dellal, anglaise aux racines indiennes alors installée en Californie, croise sur sa route les premières caravanes Roms. Quand on aime, il faut partir. Elle part. Se lance sur les traces de ce peuple déchiré, aux racines et aux ramifications inextricables. Près de vingt ans plus tard, elle n'en est pas encore revenue. Un premier documentaire, American Gypsy (2000), présenté dans des dizaines de festivals à travers le monde, primé, largement diffusé, la distingue. Pas facile pourtant de filmer ce qui passe, ne dure pas : les moments de grâce de la musique, comme les gens auxquels on s'attache et qui reprennent leur route. Partir. Ailleurs toujours. Spectatrice bouleversée de la première tournée de Gypsy Caravan, elle a l'idée folle de vouloir tenter le pari, et en parle à Albert Maysles, directeur de la photo notamment réputé pour son habileté à filmer la musique live. Réaction enthousiaste. Les rencontres et les amitiés feront le reste. Jasmine Dellal intègre la deuxième caravane qu'elle suit de New York à Miami, d'Austin à San Fransisco.

Quand on aime, donc, il faut filmer. Pas question cependant de se contenter d'enregistrer puis de monter en les juxtaposant de simples morceaux de concert, ceux-ci fussent-ils proprement ébouriffants. Non, trop linéaire, pas assez raccord avec l'état d'esprit qu'elle cherche à capter. Ce proverbe Rom, d'ailleurs, sur lequel s'ouvre le film : « Quand la route est sinueuse, on ne peut pas marcher droit ». Tout est dit. Gypsy Caravan alternera de magnifiques séquences de concert, pleines d'émotion, des séquences tournées dans les loges, avant ou après les prestations, ainsi que des séquences plus intimistes tournées chez les musiciens, en Espagne, en Roumanie, en Inde ou en Macédoine, dans les lieux d'origine même de ces gens qui n'en ont plus. C'est à cette allure cahotante, sensible aux ornières, aux déviations, comme à tous les caprices qui surgissent en chemin, que l'on doit de saisir, par un violent contraste, l'hallucinante odyssée qui s'apparente à celle de tout un peuple. Trop de lumières finit par éblouir, et il y a des farces qui peuvent exploser en larmes. Trop de misère n'en finit pas, et il y a des complaintes déchirantes dont on éclate finalement de rire.








































