
PORTRAIT : DAVID FINCHER (ZODIAC)
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ZODIAC -
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David Fincher est le cinéaste postmoderne par excellence. A ses débuts, il participa à l'élaboration des effets spéciaux chez ILM (notamment pour
Indiana Jones et le temple maudit) puis il fit ses gammes en réalisant quelques clips (pour Madonna et Aerosmith). Rien ne le prédisposait donc à développer un univers sombre et désabusé, glauque et désenchanté qui traduit à merveille la désespérance et l'absence de mythes qui gangrène le monde moderne. Son cinéma est celui de ceux qui ont vu la fin des divinités, des utopies, des idéologies, des chemins tous tracés et d'une destinée manifeste qui irait forcément vers le progrès et dans le bon sens.

Malgré les efforts du studio pour charcuter son premier film au montage (alors que Fincher avait jeté l'éponge devant toutes les contraintes qu'on lui imposait),
Alien 3 garde encore sa force de subversion et demeure une belle conclusion dans la continuité de la saga (le quatrième volet de Jeunet est un peu en dehors, mais constitue un beau post-scriptum). Le vaisseau de Ripley a explosé et dans la capsule de sauvetage dans laquelle elle s'est échappée demeure un passager. Elle échoue sur une planète carcérale peuplée d'hommes obéissant à des règles strictes. Ils sont très perturbés par la présence d'une femme. Mais ils vont être bien plus perturbés encore par son passager clandestin. Alors que le premier volet de Ridley Scott jouait sur l'ambiance (rappelant d'ailleurs souvent
2001, odyssée de l'espace, dans son atmosphère) et que le second volet de James Cameron jouait sur l'action et la confrontation pure (défourailler sur des dizaines d'aliens, dans un déchaînement assez jouissif), ce troisième volet joue, le plus longtemps possible, sur un huis-clos claustrophobe, une proximité dérangeante et une menace longtemps indéterminée (dans l'une des versions du script, la créature n'apparaissait pas).

On trouve les bases du cinéma de Fincher. L'obscurité, l'ambiance oppressante, la pression nauséeuse et des explosions de violence et de gore, préparées et mises en place dans un crescendo méticuleux et implacable qui vous plonge dans un malaise profond. Dans une atmosphère lourde et confinée, un isolement total, le combat désespéré et inégal s'organise pour la survie de la petite communauté. C'est dans la violence de certaines images comme celle du cyborg déchiqueté que le style de Fincher s'affirme. Dans le sacrifice final de Ripley, on trouve une belle conclusion à ce qui devait être le dernier film de la franchise et également un bouleversement des codes hollywoodiens qui veut que les gentils viennent à bout de l'affreux et s'en tirent immaculés. Ici, les résistants sont des criminels et l'héroïne est intimement liée à la créature et doit disparaître avec elle. Tout est désenchanté et sombre dans ce film, et présage déjà de la suite de l'oeuvre du cinéaste lorsqu'il aura conquis son indépendance.
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