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CINE : ZODIAC

CINE : ZODIAC

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Pendant quasiment trois heures, le réalisateur David Fincher s'est visiblement mis en tête de réaliser le film que l'on n'attendait pas de lui. Le parti pris audacieux n'a pas été bénéfique en terme de chiffres (le film s'est gaufré au box-office US) et risque fort de déconcerter ceux qui s'attendaient à un thriller moulé dans les codes fomentés par le prodige avec Se7en. Or, cet exercice de dynamitage très stimulant où le genre policier est passé à la moulinette témoigne d'une volonté de renouveler un registre qui doit à tout prix être considérée. Autopsie très positive.

ZODIAC
Un film de David Fincher
Avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr.
Durée : 2h36
Date de sortie : 17 mai 2007

Zodiac David Fincher

La substance de Zodiac est tellement dense qu'elle invite le spectateur à voir le film à répétition. Sur le papier, présence de Fincher derrière la caméra oblige, on pourrait se croire en face du nouveau Se7en et se réjouir de la noirceur retrouvée du réalisateur après l'expérience mineure de Panic Room. Or, à l'écran, c'en est l'antithèse absolue jusque dans la caractérisation des personnages. Le point de vue est très intéressant. Est-ce que Zodiac doit être vu comme l'avènement du néo-Fincher? Rien n'est moins sûr. Pré-générique: le Easy to be hard de Three Dog Night - et non pas le dernier Nine Inch Nails - accompagne deux adolescents en voiture, proies innocentes d'un tueur fou. Passé cette scène d'introduction percutante à la manière du Cronenberg de History of Violence, le générique - enfin - apparaît. Et surprise: il est sobre. Le titre «Zodiac» apparaît en minuscule au moment où l'antihéros quitte son môme devant l'école. Ce môme, ce pourrait être Fincher qui dans les années 70 a eu peur du Zodiac comme tous les copains de son âge effrayés par ce fait divers (le tueur menaçait des cars d'écoliers). De là à conclure que cette fascination pour les tueurs en série est née de l'ivresse procurée par cet événement, il n'y a qu'un pas. Mais au-delà de cette dimension personnelle, on reste troublé par cette sobriété. Sur environ trois heures, Fincher raconte la traque d'un tueur dont on ne connaîtra pas l'identité (pas la peine de chougner: on le sait dès le départ). Point barre.

Zodiac David Fincher

Lorsque les quidams ayant vu le tueur de leurs propres yeux témoignent, ils sont consternés de ne pouvoir distinguer une singularité chez le boucher sanguinaire qui mit à feu et à sang Chicago dans ces années 60-70. Il est «normal», disent-ils de concert. Aussi «normal» que le tueur du Memories of Murder, de Bong Jong-Ho, autre cas fascinant de whodunit non élucidé. Le parallèle n'est pas anodin. On retrouve d'ailleurs la même affaire d'obsession qui travaille au corps et à l'esprit trois personnages aux personnalités distinctes: un flic intrépide (Mark Ruffalo, tellement décalqué qu'il en devient charismatique); un journaliste retors (Robert Downey Jr., tellement hédoniste qu'il constitue un remède contre le grise mine); et un dessinateur gauche (Jake Gyllenhaal, tellement ingrat qu'il acquiert la beauté des héros anonymes). La curiosité et la prudence de ce dernier le pousseront à explorer des pistes auxquelles les deux autres n'avaient pas nécessairement pensées, notamment en rapprochant le tueur du conte Orloff. Les liens tantôt solides tantôt défaits qui se tissent entre tous les trois sont passionnants même s'ils préfèrent agir individuellement dans la plupart des cas. Le réalisateur s'inspire d'événements réels qu'il a perçus (narrés en détail dans les romans Zodiac et Zodiac unmasked : the identity of America's most elusive serial killer revealed (2002) du journaliste Robert Graysmith - Jake Gyllenhaal), et ne peut pas se permettre d'entorse à la véracité. En réponse à cette contrainte, il privilégie une dimension documentaire, justifiant en partie la rigidité du scénario. Les repères temporels fréquemment mentionnés servent à montrer la lente progression de l'enquête. La construction d'une tour en accéléré constitue un moyen de suggérer le temps qui passe autrement que par des indications écrites. Au-delà des oripeaux du thriller, Fincher construit avec la même patience un récit à hauteur d'hommes pour montrer la vie sentimentale, professionnelle et familiale de trois hommes contaminés par les mêmes sentiments (paranoïa, frisson, ambiguïté, doute).

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Zodiac

Un film de David Fincher

Avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr., Mark Ruffalo

Durée 180 minutes

Sortie le 16 Mai 2007

 

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note des internautes :
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