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CINE : MY BLUEBERRY NIGHTS (CANNES 2007)

CINE : MY BLUEBERRY NIGHTS (CANNES 2007)

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C'est emplis d'impatience que nous franchissons avec Romain les portes de la gare de Cannes, avides de découvrir ces nombreux films, tous plus alléchants les uns que les autres. Le Festival s'annonce cette année lumineux, cette arrivée ensoleillée ne fait qu'accroître notre enthousiasme et c'est avec joie que nous nous efforcerons de vous le faire partager en direct de la croisette, tout au long de cette incontournable parenthèse cinématographique, qui a déjà commencé aujourd'hui avec Zodiac.

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Alors que Romain vient de s'embarquer tout excité dans une navette qui le conduit vers David Fincher lui-même avec lequel il doit avoir un entretien, alors qu'à l'extérieur le tapis rouge reprend sa place sur les fameuse marches qui seront dès ce soir foulées par de prestigieuses personnalités, je découvre avec une grande impatience le nouveau film de Wong Kar Wai, My Blueberry Nights, et, si en sortant je sens qu'il ne fait pas l'unanimité, personnellement je suis littéralement conquise. Des portes se ferment, d'autres s'ouvrent, la vie est semée de ruptures, déchirantes qu'il faut surmonter en s'efforçant d'avancer : c'est sur ce postulat que le cinéaste se repose. Après avoir filmé avec sensualité la rencontre amoureuse dans In The Mood For Love, il s'arrête sur le cheminement d'êtres brisés par un chagrin d'amour, sur celui d'Elisabeth qui, pour échapper à sa douleur, s'enfuit, quitte New-York, laisse derrière elle ses souvenirs, pour se lancer dans une longue traversée des Etats-Unis. Tout au long de ce périple, elle croise des hommes et des femmes déchirés, dont la solitude l'amène à se construire, à se poser des questions sur ce qu'elle désire, profondément, à s'ouvrir aux autres, à s'accepter, différemment, à se tourner vers une nouvelle vie.

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Wong Kar Wai aborde certes un thème commun, éternel, par lequel nous sommes tous concernés, que d'autres ont souvent disséqué avant lui, cette brûlante, brutale, intolérable douleur qui nous saisit lorsqu'on nous abandonne, mais il le fait avec cette finesse, avec cette poésie qui est la sienne, cette délicate pudeur qui ressort de ses films et My Blueberry Nights s'inscrit en ce sens dans la lignée d'In The Mood For Love, le cinéaste transposant juste avec habileté son univers dans une nouvelle dimension, une Amérique, qu'il a su faire sienne, rendre aussi touchante, aussi impalpable que cette petite ruelle sombre et silencieuse menant à une échoppe de nouilles. Il s'accapare les ambiances des coffees shop, des bars, y pose sa marque, joue sur les couleurs, des rouges mordorés, des ocres, des noirs veloutés, joue sur les accélérations, les flous, et plus qu'un cheminement nous offre une nouvelle chorégraphie cinématographique dans laquelle les acteurs se sont harmonieusement glissés. La chanteuse Norah Jones, dont c'est la première apparition dans un film, s'y révèle magique, particulièrement émouvante, face aux comédiens confirmés qui lui donnent la réplique. Jude Law, d'une sobriété sauvage, rompt ici avec le coté trop lisse de ses habituelles prestations et n'a jamais été aussi vibrant. David Strathairn est tout simplement renversant, Nathalie Portman et Rachel Weisz, tout aussi bouleversantes, affirment avec puissance les blessures de leurs personnages. On se laisse porter par leur jeu, par cette mise en scène lyrique qui ravive en nous des sentiments enfouis, qui nous perce avec une infinie douceur.

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Certains reprocheront forcément à Wong Kar Wai de ne pas avoir su se renouveler en franchissant pour la première fois les frontières de son pays, de se reposer sur des ficelles qu'il a déjà exploitées, personnellement si 2046 m'avait quelque peu déçu, j'ai été saisi ici par la fluidité, la beauté et la profondeur de son film, comme j'ai pu l'être par In The Mood For Love, peu importe si les deux films se rejoignent, dès l'instant où le récit nous emporte.

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