
4 MOIS, 3 SEMAINES & 2 JOURS (CANNES 2007)
Tout sur 4 mois, 3 semaines, 2 jours - La Critique - Le 0000-00-00 00:00:00
Pendant la première demie heure du film, on ne sait rien de ce qui attend Ottila et Gabita, et il faut absolument n’en rien savoir. Les deux jeunes femmes tentent, dans la Roumanie de cette année 1987, de vivre une « classique » vie d’étudiante. Pas si facile au cœur d’un régime communiste dont la chape de plomb et la grisaille imprègnent chacun des plans de cette inquiétante ouverture. Le foyer où elles vivent ne semble pas si éloigné d’une prison pour femmes, l’argent est manifestement rare et la détresse de Gabita évidente. Sans que l’on puisse vraiment deviner l’épreuve qui attend les deux amies, la tension est palpable et le malaise immédiat : il ne vous lâchera plus dans l’heure et demi qui suit.
A coup d’insoutenables plans fixes, la suite ne fait même que renforcer l’oppression du spectateur, plongé, à son corps défendant, dans une situation qui repousse les limites de l’horreur dans son versant le plus social : l’exploitation de la misère humaine et l’égoïsme quasi animal de Gabita, ce dernier faisant d’Ottila la première victime de la situation et le personnage central du film. On vit tout de son calvaire, jusqu’à vouloir accomplir ce qu’elle-même est incapable de faire. La plus grande scène du film est probablement celle qui la voit coincée à un dîner imposé par son petit ami pour l’anniversaire de sa mère, saoulée de conversations dogmatiques. Elle n’a qu’une envie : fuir. Le ressenti du spectateur est si puissant à cet instant précis que l’on est physiquement tenté d’échapper à la salle pour sortir du cloaque mental qui nous est imposé. A ce titre, toute l’attention de la mise en scène, faite d’une succession de longs plans séquences, est centrée sur la psychologie des personnages, dont le cadre ne révèle parfois qu’un bout de corps, quand la voix n’est pas carrément déconnectée de l’image.

Le tour de force est aussi impressionnant qu’éprouvant, et largement inspiré de la propre expérience du réalisateur, qui parvient à dépasser le contexte historique pour livrer un film sur les choix qui n’en sont pas. Anamaria Marinca, dans la peau d’Ottila, livre une performance sublime, dont on devine qu’elle ne laissera pas indifférent Stephen Frears. De votre côté, tentez l’impossible : fermez vos yeux et vos oreilles à toute promo intrusive pour prochainement admirer, vierge de toute influence, le grand film qu’est 4 mois, 3 semaines & 2 jours.
Mathilde Lorit
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