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TRIANGLE, LA DECEPTION TSUI HARK (CANNES 2007)

TRIANGLE, LA DECEPTION TSUI HARK (CANNES 2007)

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Cannes. Soixantième festival du nom et on salive déjà à la simple idée de découvrir les nouveaux films d'auteurs très doués, en compétition (WKW, GVS, Seidl) ou ailleurs (Roy Andersson, Tsui Hark, Gregg Araki) même si des intégristes du septième art ont visiblement décidé que Béla Tarr aurait cette année la palme d'or avec son nouveau film que personne n'a vu (même pas l'attachée de presse que l'on harcèle depuis un mois une fois par jour pour avoir des nouvelles). Quand on aime, on ne compte pas les coups de fils. Coups de fil également à nos collègues Parisiens qui déplorent un temps exécrable. Passons ces détails météorologiques (dont tout le monde se contrefout) pour entrer dans le vif du sujet: le cinéma. Dans toutes ses expressions et ses états. Et, en arrivant, Sophie sort une réflexion fort à-propos: après l'insupportable Da Vinci Code, de Ron Howard, en film d'ouverture l'an passé, on nous propose My Blueberry Nights de Wong Kar-Wai, film qui annonce en apparence un authentique renouvellement thématique et formelle chez le cinéaste chinois. Gageons que l'auteur si précieux de Happy Together ne sera point victime de quolibets (présenter un film à Cannes fonctionne à double tranchant).


Alors, première réaction de nos amis journalistes à la sortie WKW? Déception. Petite, oui, certes, mais présente. Le nouveau Wong Kar-Wai est rempli de tous les petits riens qui font les grands tous du réalisateur avec cette fois-ci comme réminiscence Proustienne l'immense Chungking Express (certainement son meilleur) en toile de fond inspiratrice. Dans un road-movie sentimental (sans céder à la sensiblerie), l'ausculteur d'âmes chinois radiographie aux Etats-Unis la mélancolie qui presse l'âme, l'exil intérieur, les coeurs brisés, les histoires d'amour révolues et les conséquences (désastreuses) de la rupture avec ses volutes esthétiques usuelles. La dramaturgie repose sur trois fois rien mais Wong privilégie comme toujours la notation, la sensualité, l'anodin, le sublime dans une grande valse de charivaris intérieurs. Tout ça, c'est très joli et très agréable à l'oeil. Au-delà de la dimension esthétique, il parvient à toucher par la simple universalité de son intrigue mais n'évite pas toujours les pièges d'un système et risque d'agacer sérieusement ceux qui reprochaient déjà la redondance de ses précédents opus (2046 était déjà un film-somme nostalgique qui reprenait des morceaux de ses précédents films). WKW aurait-il tout dit sur son cinéma? Non. My Blueberry Nights, bien qu'inégal, possède des trésors d'émotion qu'il serait sot de ne pas profiter. On peut juste être déçu que le réal n'ait pas été plus radical dans ce changement d'état(s). Ajoutons à l'édifice suprêmement élégant la belle prestation des comédiens, heureux de succomber à ce vertige intime. Notamment la novice Norah Jones, qui excelle dans son art (la musique) et vient d'ajouter avec une infinie douceur une corde à son arc artistique. Bel écheveau de rencontres que miss Sophie Wittmer a adoré. Envers et contre tous. D'autres membres de l'équipe (Mathilde Lorit, Jean-Philippe Guérand) se joignent à elles. La lutte continue.


Lors du déjeuner à la pizzeria, Sophie ne peut calmer ses nerfs devant les réactions de ses collègues en rappelant à ceux qui ne la comprennent pas qu'une colère peut être saine. Nous dérapons. Votre serviteur fuit la foule cannoise pour se réfugier du côté d'Antibes où a lieu le junket Zodiac où David Fincher, Mark Ruffalo, Chloë Sevigny et Jake Gyllenhall doivent répondre aux questions ultra-pertinentes de journalistes ultra-passionnés. Le lieu est extrêmement fliqué (des gardes du corps aux quatre coins, un bateau qui semble surveiller l'immense résidence). A un moment, un jet passe et une demoiselle excitée hurle «DAVIIIDDDD» en espérant pouvoir attirer l'attention de mister Fincher, trop occupé à nous parler (mais c'était bien joué). Pour faire un rapide tour d'horizon, Chloê Sevigny m'a demandé à quoi ressemblait mes sacs de Cannes et celui que je préférais, Mark Ruffalo a oublié d'éteindre son portable pendant l'interview (qui était filmée) et s'est tordu d'excuses avec le sourire gêné en regardant la caméra et, évidemment, Jake Gyllenhaal, fidèle à sa réputation déconneuse, a commencé par faire plein de grimaces, des tapes dans le dos comme si on ne s'était pas vu depuis 10 ans (sacré lui) et de bonnes blagues comme celle qui consiste à faire semblant de ne pas comprendre «Southland Tales», nouveau film de son grand ami Richard Kelly. Qui, aux dernières nouvelles Cannoises, est susceptible de ne pas sortir du tout (ni au ciné ni en dvd). Film vraiment maudit ou juste une manière de faire monter la sauce? On ne sait pas mais on est à deux doigts de monter une pétition pour exiger la sortie de cet excellent film injustement conspué que nous soutenons à grands renforts d'articles pour (visiblement) rien. Revenons à Jake qui, non, n'a pas vu Southland Tales mais avoue, hilare, qu'à chaque fois qu'il entre dans une fête ou dans un bar, il faut obligatoirement qu'il y ait quelqu'un qui lui parle de Donnie Darko en l'interpellant «Hey, Donnie». Rassurons nos lecteurs: il n'a pas encore eu à subir la même chose avec Brokeback Mountain. Mais, mine de rien, Jake est un acteur qui sème la graine du culte partout où il passe. Alors, Zodiac, futur film culte? Pour moi, c'est «seulement» un excellent film (mais c'est déjà beaucoup). Sophie qui l'a vu en projo de presse jeudi matin vous en parlera dans son prochain billet et, je vends la mèche, elle a beaucoup aimé.

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