Les frères Coen sont une étrangeté. Déjà ils sont deux. Joel réalise, Ethan produit, ils écrivent ensemble. Ensuite leur univers est tellement marqué et leur style si reconnaissable que cela leur permet d'avoir une liberté artistique rare et d'aborder à peu près tous les genres avec une originalité constante. Ils sont depuis leurs débuts le symbole du cinéma américain indépendant qui se joue des étiquettes.
Leur univers est empreint d'absurde et d'humour noir, choisissant souvent des protagonistes atypiques (un coiffeur dans
The Barber, des bagnards chanteurs en cavale dans
O' Brother, une femme flic tenace et enceinte jusqu'aux yeux dans
Fargo, et le Duc dans
The Big Lebowski, qui se la coule douce en notre nom à tous). Ils ont créé cette galerie de personnages improbables, plongés dans des situations souvent rocambolesques. Ils sont servis par une troupe d'acteurs fétiches (Frances McDormand, Steve Buscemi, John Turturro, John Goodman, Jon Polito et des caméos réguliers de Bruce Campbell) et d'autres de passage à qui ils offrent des rôles à la mesure de leur talent (Jeff Bridges, George Clooney, Billy Bob Thornton). L'oeuvre des frères Coen fait la part belle aux acteurs et leur offre des prestations mémorables et déjantées (le couple Holly Hunter-Nicolas Cage dans
Arizona Junior).

La maîtrise de leur mise en scène, la qualité de leur écriture et leur côté inclassable, à la fois très noir et très ironique est également impressionnante. Ils ont raflé beaucoup de récompenses (tellement d'ailleurs pour
Barton Fink à Cannes qu'il n'en restait que peu pour les autres cette année là)...
Ils ont surtout un univers qui leur est propre, totalement hors des normes des grands studios. Ils ont gardé une intégrité et une audace d'auteurs qui fait de chacun de leurs films, des moments d'exception. On sait que ça sera intéressant, déroutant, surprenant, inclassable. Alors, quand ils viennent à Cannes avec un nouveau film,
No country for old men avec Tommy Lee Jones, on a forcément tendance à les attendre plus que d'autres.
On a envie de se rappeler toute leur filmographie simplement parce qu'ils sont créateurs et audacieux et dans une industrie qui se repose de plus en plus sur ce qui fait de l'argent, même si c'est du réchauffé ou de la médiocrité absolue et calibrée. Il est réconfortant de savoir que des auteurs comme les Frères Coen n'ont pas renoncé à la ligne de leurs débuts et portent toujours haut les couleurs d'un cinéma exigeant, irrévérencieux, farouchement personnel et profondément indépendant.