
SICKO
Un film de Michael Moore
Avec Michael Moore
Durée : 2h
Date de sortie : 17 octobre 2007

La nouvelle bataille de Michael Moore s’ouvre sur une cible privilégiée : l’ami Georges Bush, qui se fend pour l’occasion d’une perle du niveau de celles qui ont construit sa légende. On reconnaît immédiatement le style du pamphlétaire le plus contesté du moment : le ton débonnaire, le montage de parti pris – diaboliquement efficace - la musique appuyée et l’extrême pédagogie qui ont fait la légende du réalisateur deux fois primé à Cannes (Prix du 55ème anniversaire pour Bowling for Columbine et Palme d’Or sous le règne Tarantino avec Fahrenheit 9/11 en 2004). Les témoignages s’enchaînent, soulignant la cruelle ironie du système de santé américain, qui oblige à choisir entre l’achat d’une voiture ou les frais d’une hospitalisation, quand il n’impose pas à un homme venant de se sectionner les doigts de préférer, en fonction de ses moyens, sauver son annulaire ou son majeur. Et ce n’est rien si l’on considère le nombre d’enfants et d’adultes qui meurent chaque année faute d’avoir reçu l’accord de leur Assurance Maladie pour bénéficier des soins qui auraient permis de guérir leur cancer.

S’appuyant sur la culture populaire (notamment Star Wars), Michael Moore excelle particulièrement à démonter le mécanisme qui fait des groupes d’assurances maladie les chantres de l’ultra capitalisme, les contrôleurs médicaux de ces sociétés privées étant clairement choisis selon leur aptitude à éliminer les « mauvais » malades : comprenez ceux dont les soins coûteraient trop cher à la boîte … S’ajoute à ce triste constat le lobby des laboratoires pharmaceutiques pour s’offrir l’inimaginable coup de pouce des gouvernements républicains, pour qui l’Assurance maladie socialisée est manifestement synonyme de Grand Satan. Au passage, on note avec plaisir la force de dissuasion que représente désormais Michael Moore : il a suffi à un patient scandalisé de brandir le nom du réalisateur et la menace d’une interview prochaine du PDG de sa société d’assurance pour voir sa demande miraculeusement aboutir….

Pour le spectateur français, les choses se gâtent dans le dernier tiers du film, qui voit Moore, après un passage éclair au Canada, aller vérifier ce qui se passe du côté du système de santé anglais et français. Et là, on se demande carrément si le réalisateur, à force de jouer au benêt, ne nous prend pas un peu pour des imbéciles. On doute sérieusement que le modèle anglais soit une perfection en matière de santé, et l’on hallucine carrément de la vision idyllique (totalement fantasmée) qui est donnée de notre propre Assurance Maladie. Dans ce domaine, la France est très gâtée, aucun doute là-dessus, mais de là à faire croire que la crèche, comme la Fac, y sont totalement gratuites, et que de jolies émissaires des services sociaux viennent gentiment vous faire la lessive quand vous êtes débordée par la récente naissance de votre enfant, il y a un monde, qui fait soudain pencher le film du côté de la science-fiction de propagande ! On passe sur le couple choisi pour illustrer la classe moyenne française : 7000 euros de revenus mensuels, les vraies classes moyennes sauront apprécier… Le problème, c’est que cette caricature – forcément volontaire – fait perdre beaucoup de sa force au propos, jetant un troublant voile de suspicion sur les autres chiffres ou infos énumérés dans le documentaire. Pas suffisamment pour remettre en cause la dénonciation du système américain mais assez pour fournir aux nouveaux ennemis de Moore - un documentaire dévoilé à Toronto s’applique à démonter les pratiques du réalisateur lors de ses enquêtes - de solides arguments quant à l’exagération et la déformation de certains faits. Il serait dommage que le justicier le plus efficace du moment y perde sa crédibilité. Be careful, Michael…
Mathilde Lorit
Retrouvez la galerie photos pages suivantes...












































