
88 MINUTES
Un film de Jon Avnet
Avec Al Pacino, Alicia Witt, Leelee Sobieski
Durée : 1h50
Date de sortie : 30 mai 2007

Difficile de trouver le bon angle d'attaque dans le cas d'un film comme 88 minutes : film-concept préfigurant à sa façon l'adaptation ciné de la série 24 heures chrono, le nouveau Jon Avnet n'est au fond rien de plus qu'un thriller vu et revu mille fois ailleurs, parfois douteux sur le plan scénaristique et loin d'être irréprochable dans sa forme. On s'y attardera pourtant avec un certain intérêt, évidemment pour le premier point cité. 88 minutes propose en effet ni plus ni moins qu'un condensé de la série à succès mettant en scène Kiefer Sutherland, transposé dans un cadre parallèle (Pacino interprète un consultant du FBI chargé de débusquer les tueurs en série) mais au fond mené par le même suspense. Le déroulement narratif se fait donc en temps réel à partir de l'appel mystérieux reçu par Pacino jusqu'au dénouement final (sans vérification montre en main, le timing colle grosso modo).

Et il faut bien ça pour relever le niveau psychologique plutôt faiblard de l'intrigue : Pacino, les cheveux en pétard, joue le rôle d'un psychiatre hanté par la perte de sa soeur (violemment séquestrée pendant son enfance), rapidement soupçonné par ses supérieurs et ses étudiants d'être en proie à des pulsions vengeresses et d'avoir perdu tout sens de l'objectivité, qui a donc 88 minutes pour prouver à tout le monde son intégrité professionnelle et ses talents d'enquêteur. Le but du procédé est aussi inefficace que grotesque : le personnage se retrouve noyé dans un climat de paranoïa aigu à la X-Files reposant sur des enjeux quasi-inexistants, dans lequel les acteurs secondaires peinent à trouver leur espace de liberté, se rangeant chacun dans des cases prédéfinies (Michael Eklund en gros bras stoïque, Ben MacKenzie en fouille-merde tête à claque... et que dire de Leelee Sobieski, dont on a d'un coup beaucoup de mal à se souvenir dans Eyes wide shut). Difficile à ce niveau d'apprécier leur jeu tant l'indigence des dialogues casse toute rationalité et toute vraisemblance, ceci étant autant dû à la structure même du script, très exigeante en terme de fluidité, qu'au manque d'audace du réalisateur qui préfère pré mâcher le travail de réflexion de son spectateur plutôt que de l'emporter avec lui.

De ce marasme de personnages insignifiants émerge tout de même une performance plus que convaincante, celle de Neal McDonough dans la peau du condamné attendant son heure dans le couloir de la mort, une performance qui en impose tout au long du film : regard bleu hypnotique, sourire carnassier et présence physique monstrueuse. La confrontation à distance qui se dessine entre lui et Pacino se concrétise lors de la scène la plus réussie, véritable point d'orgue où les deux hommes se livrent par téléphone interposé à un déballage public devant les caméras de télévision qui retransmettent en live une interview du criminel. Une belle trouvaille qui ne masque pas les nombreuses carences scénaristiques dont souffre le film, lesquelles ont au moins le mérite de pointer du doigt les limites de ce genre d'entreprise et les points à améliorer pour aboutir à un véritable thriller. Une piste qui reste donc à explorer dans une veine peut-être plus incisive...
Augustin Derigny
Retrouvez la galerie photos pages suivantes...





































