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PORTRAIT : AL PACINO (88 MINUTES)

PORTRAIT : AL PACINO (88 MINUTES)

Tout sur 88 minutes - La Critique - Le 0000-00-00 00:00:00


Si jamais il y eut un homme animé par le feu sacré, ressentant le besoin de jouer la comédie, d'y consacrer toute son énergie, c'est bien Al Pacino. C'est d'ailleurs ce qui ressort de toute sa carrière, l'énergie incandescente qui anime chacun de ses personnages. Ce n'est pas un acteur ordinaire. Il fait partie de ce club très fermé dont on guette chaque apparition, quelle que soit la qualité du film. Parce qu'il a en lui cette inspiration qui lui a fait créer des personnages légendaires, quelqu'un dont le nom convoque immédiatement des images et des grandes émotions cinéphiles.
A l'heure où il joue dans 88 minutes et dans Ocean's 13, on ira le voir, juste parce que c'est lui et que l'on ne pourra bouder son plaisir et retenir un sourire en le voyant apparaître sur l'écran. Comme une reconnaissance pour tout ce qu'il nous a fait ressentir dont seuls les très grands acteurs peuvent se targuer, une aura de légende et de maîtrise qui transcende ces films.


Enfant, il vécut donc avec sa mère chez ses grands parents (son grand-père, signe du destin, était originaire de Corleone en Sicile) dans le Bronx. Le jeune Alfredo se réfugiait régulièrement dans son imaginaire et jouait des scènes et créait des personnages pour tous ceux qui voulaient bien l'écouter. Encouragé dans cette voie par sa mère, il alla réaliser sa vocation. Les acteurs sont à ce titre de véritables héros. On sait que la route est longue, semée d'embûches, il faut être fou pour s'y aventurer avec comme seul bagage sa passion absolue. On risque la pauvreté et la précarité, ce que le jeune Al connut. Il parvenait à jouer dans des pièces de théâtre, à y obtenir des rôles et à s'émerveiller de pouvoir y tenir sa place. Seulement il n'avait pas d'endroit où passer la nuit et dormait le soir sur la scène où il avait joué. Il a beaucoup galéré, beaucoup joué, s'imprégnant avec la voracité qui le caractérisera tout au long de sa carrière de chacun des rôles qu'il parvenait à décrocher. Enchaînant les petits boulots et bouffant de la vache enragée, il finira par suivre des cours de comédie (à seize ans) et aura pour professeur celui qui restera son grand ami et son premier mentor, Charles Laughton.

Sa carrière débuta donc au théâtre, la passion de sa vie à laquelle il revient régulièrement pour des projets plus personnels (Looking for Richard, the Local Stigmatic ou Chinese coffee). Il apparait dans des pièces variées qui vont assez vite le faire remarquer. Il intègre enfin l'école des acteurs légendaires de l'époque, l'Actor's Studio, où il rencontre son second père spirituel, Lee Strasberg, grand formateur d'acteur et grande référence pour les comédiens. On y apprenait la « Méthode » de jeu révolutionnaire basée sur la psychanalyse et l'introspection prônée par Stanislavsky. Il conseillait aux acteurs de créer leurs personnages à partir de leur vécu et de leur ressenti à eux, de s'immerger dans leur personnage en utilisant leur propre mémoire sensorielle. Le rôle devient alors comme un aspect d'eux-mêmes Cela a souvent donné des acteurs intenses. Pacino est assurément emblématique de cet engagement et cette immersion totale. Il est l'un des symboles majeurs de cette école qui forma les plus grands acteurs américains de notre temps (Harvey Keitel, Dustin Hoffman, Jack Nicholson, Paul Newman, Robert de Niro et Marlon Brando entre autres).


Le jeune Pacino ayant fait ses preuves au théâtre, ses gammes au studio légendaire, apparut au cinéma comme la figure d'un jeune homme New Yorkais débordant de vitalité et d'énergie. Le film le plus emblématique de cette toute première période et celui qui le fit remarquer s'intitule Panique à Needle Park de Jerry Shatzberg. Ce film est étonnant et il est important car il porte quelque chose d'un cinéma vérité, d'une sorte de Nouvelle vague à l'américaine qui capturerait ses personnages au plus proche de la réalité, à l'arrache, dans la rue, caméra à l'épaule. On y découvre aussi une histoire de romance et d'errance junky cruelle et réaliste qui n'est pas sans rappeler Requiem for a dream. Il est un film précurseur naturaliste et énergique. Il y incarne une magnifique petite frappe qui se rêve caïd et qui est accro à l'héroïne et entraine sa petite amie (la bluffante et oubliée Kitty Winn) dans son enfer. Ici, pas d'effets psychédéliques, pas d'autodestruction pseudo-romantique, juste une caméra brute qui filme la fuite de deux paumés et la panique qu'engendre une pénurie de drogue. Le jeu des acteurs est intense et brut. Pacino est hâbleur, baratineur, charmant, canaille, énergique en même temps qu'il est la parfaite épave et le parfait loser. Entre l'énergie crâneuse et survoltée de la rue et le total abrutissement de l'héroïne, il compose un personnage criant de complexité, prouvant déjà si jeune, en 1969 (il n'a que vingt ans), la grande finesse et la grande richesse de son jeu. Une véritable révélation. Il est aussi le symbole de cette nouvelle vague d'acteurs, encrée dans les galères et la réalité de la rue dans ce qu'elle peut avoir de plus violent que l'on retrouvera dans Taxi Driver. On le retrouvera avec le même genre d'énergie dans Serpico et Un après-midi de chien qui l'imposeront définitivement comme l'une des icônes de cette grande génération d'acteurs, dans son jeu à la fois allègre et profond, nerveux et grave. Il jouera toujours sur ces deux tableaux de sensibilité. Ses personnages sont comme des bombes à retardement, capables d'exploser à n'importe quel moment. Al Pacino les rend imprévisibles et violents comme des volcans.

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88 minutes

Un film de Jon Avnet

Avec Al Pacino, Alicia Witt, Leelee Sobieski

Durée 110 minutes

Sortie le 30 Mai 2007

 

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