
LE CONTRAT
Un film de Bruce Beresford
Avec Morgan Freeman, Joh Cusack, Alice Krige, Jamie Anderson
Durée : 1h35
Date de sortie : 11 juillet 2007
Les chemins de Frank Carden, dangereux tueur à gages, et Ray Keene, éducateur sportif pour les jeunes, n'auraient jamais dû se croiser. Mais lorsque Ray part en randonnée avec son fils pour resserrer des liens distendus par la mort de sa femme, les destins de ces trois hommes ne feront plus qu'un. Commence alors une traque où le risque encouru est la mort.
En ces temps de misère scénaristique, l'industrie hollywoodienne ne réserve de surprises qu'environ une fois tous les 100 films, et pour qu'il s'agisse d'une bonne surprise en plus, mieux vaut ne pas être trop exigeant. On se contente alors bien souvent d'oeuvres moyennes et pleines de bonne volonté, à défaut d'y déceler un réel talent. Du coup, lorsqu'un film tel que Le Contrat vient chatouiller nos rétines, il y a comme un léger sursaut cinéphage, voire cinéphilique. Quelque chose se passe... enfin. Pourtant, l'affaire paraissait bien mal embarquée à la lecture du synopsis. Un brave papa américain emmène le fiston en randonnée pour palier le trauma familial récent qu'on renifle à des kilomètres, et paf, voilà que l'adolescent rebelle (pléonasme) et le paternel tombent durant leur promenade sur un marshall mourant qui leur confie le méchant de service, menotté mais excessivement dangereux on l'aura compris. Non, décidément il n'y a rien à espérer de ce pitch a priori générateur de poncifs en tout genres. Et pourtant, le critique blasé et rompu à ce genre de déconvenues prévisibles se trompe lourdement. Car sous ses dehors pépères, Le Contrat parvient quasi miraculeusement à éviter quelques mauvais classiques du genre, comme la complainte patriotique, les leçons de morale et surtout le manichéisme.

Bruce Beresford, qui n'est pas tombé de la dernière pluie, utilise sciemment un scénario bien plus subtil qu'il en a l'air pour transformer la lutte d'influence à laquelle tout le monde s'attend entre le gentil héros et le méchant tueur, en dialogue lorgnant parfois vers L'enlèvement (opposition magistrale entre Willem Dafoe et Robert Redford), la ballade des trois larrons ressemblant finalement plus à une thérapie de groupe qu'à une course-poursuite contre la montre. Cependant la tension de la traque demeure, avec les acolytes tueur à gages constamment aux trousses du trio. Beresford réussit donc un savant et étonnant mélange entre chasse à l'homme infernale et psychologie comportementale. La surprise est de taille ! D'autant que la mise en scène ne gâche rien, la scène d'intro étant à ce titre un bel exemple du plaisir évident que l'Australien a pris, se fendant d'un petit travelling circulaire légèrement « m'as-tu vu » mais diablement efficace.
Certes, Le Contrat n'échappe pas à tous les traquenards que son pitch trop banal lui tendait. Ainsi, le film ne fait pas l'impasse sur l'invraisemblance toujours amusante mais un brin agaçante du héros amateur parvenant à déjouer à lui seul les pièges de mecs soi-disant hyper entraînés. John Cusack, tout éducateur sportif qu'il soit, se retrouve donc à mitrailler, sans que ça ne lui pose apparemment le moindre problème, des tireurs d'élite qui n'ont à l'évidence d'élite que le nom. Un léger regret également sur le face à face Freeman / Cusack, paradoxalement pas assez exploité. Le plaisir de regarder les échanges de répliques entre ces deux monstres du cinéma est si intense qu'il paraît forcément trop court.
Mais au final, Le Contrat remplit non seulement son... contrat, mais va bien au-delà, dépassant plus d'une fois les espérances. Cerise sur le gâteau, un dénouement rusé qui cache là encore sous ses apparences clichés une intelligence et une originalité certaines.
Laurent Tity





































