
I DON'T WANT TO SLEEP ALONE : ELOGE UNANIME DES LECTEURS
Tout sur I DON'T WANT TO SLEEP ALONE - La Critique - Le 0000-00-00 00:00:00
Tout l'enjeu du réalisateur a été de faire exister un cinéma indépendant qui doit pourtant s'absoudre des dictats de l'industrie de son pays. Neuvième long métrage de Tsai Ming-liang où il rencontre avec simplicité et générosité la difficulté de faire un cinéma sous l'égide de la création. Refusant de répondre aux sirènes Hollywoodiennes pour faire une énième mouture d'un film de fantôme Tsai Ming-liang cherche avant tout à proposer une oeuvre sincère et jusqu'auboutiste. Il fuit la contamination du nivellement par le bas d'un certain type de cinéma consumériste pourtant si apprécié d'un trop large public.
Car le problème rencontré est de faire exister un vrai film d'art et d'essais là où l'industrie et le public sont de plus en plus formatés aux dictats des costars cravates qui ne pensent qu'aux divertissements et à faire du fric le plus rapidement possible. Avant tout comme l'ensemble de ses films, Tsai Ming-liang veut offrir une oeuvre qui serait le reflet de son expérience de retour à ses racines malaisiennes, et de pouvoir en développer toute la richesse issue de la mixité qui règne dans son pays. I don't want to sleep alone est aux antipodes du regard que Tsai Ming-liang porte sur son pays natal. Il lui reproche un enfermement qui s'endurcit depuis près de 20 ans en matière de pluralité culturelle et de liberté d'expression.
C'est précisément sur ce constat alarment qu'il fait se croiser à l'image une multiplicité des communautés afin d'en représenter toute la richesse qui en résulte. Non pas qu'il s'intéresse à décortiquer précisément quel individu appartient à quelle communauté, mais plutôt il veut capter la vie et l'expérience qui s'en dégage. Tsai Ming-liang considère avant tout son cinéma de l'ordre de l'expérience, quasi-sensoriel. Ainsi son oeuvre rentre en résonance avec la propre expérience de chaque spectateur afin que ceux-ci perçoivent le film à leurs manières, sans chercher à analyser les tenants et aboutissants de telle ou telle séquence. Comme il le souligne avec humour, il laisse cela aux critiques.
Dans le même registre, le film apparaît pour nous occidentaux trop peu bavard et pas assez directif. En ressortant de pareil film, on prend conscience que l'on a trop souvent besoin d'information pour se sentir en sécurité et en confiance lors d'une projection. Car être perdu dans un film est une profonde hantise ancrée chez le spectateur lambda en occident. Or, comme Tsai Ming-liang le rappelle si bien, il ne voulait même pas de sous-titre tant il attachait de l'importance à l'image et non aux mots. Mais bien sûr les distributeurs ne furent pas du même avis.
Le cinéma est avant tout un art de l'observation pour Tsai Ming-liang. C'est en partie une directive de mise en scène qui appuie ses très longs plans fixes où le réalisateur ne cherche plus à intelliger la situation qui se déroule sous nos yeux. Elle existe tout simplement. Il n'y a pas de raison pour la justifier. L'image existe avant d'être raisonnée. Le pouvoir de l'image dépasse celui des mots, et la suggestion est bien plus prégnante. C'est par la différence que son cinéma fait réfléchir.
C'est pour cela que le film recèle de nombreux niveaux de signification, comme la référence aux chansons qui traverse tout le film. Selon l'endroit et la catégorie de population, l'univers musical ne sera pas le même. Mais pour une oreille peu attentive, l'exercice s'avère vain. Il faut faire l'effort de prêter attention à ce genre de nuance pour profiter pleinement de la qualité intrinsèque du métrage.
Tsai Ming-liang cherche l'intime émotion qui peut se cristalliser dans le regard ébahi du public, n'ayant pas une cible prédéfinie. Il n'offre pas un produit déjà référencé dans un genre ou sous genre issu d'un catalogue de producteur en costar cravate. Il refuse l'appellation désuète de "film culte" et autre "superlatif" qui en définitive cherche plus à flatter l'ego du critique et du cinéaste qu'autre chose. Loin du narcissisme ambiant, Tsai Ming-liang continue d'émerveiller par la finesse et la maturité de ses films. Son dernier né est une preuve magistrale.

Envoûtant, onirique et saisissant de beauté plastique, telles sont les premières impressions à la sortie du dernier film de Tsaï Ming-Liang.
I don't won't to sleep alone est en effet un mystère, une passion et tout autant une folie géniale tant sur le plan de sa composition que de ses intentions. Réalisée dans le cadre du New Crown Hope de Vienne à l'instar de Syndromes and a century de Apichatpong Weerasethakul, ce dernier métrage du maître malais après la Saveur de la pastèque va de fait bien au-delà de ses précédentes expérimentations filmiques s'inscrivant plus encore dans l'abstraction et l'esthétisation formelles. Tout en étant jamais vain ni mallarméen en échappant à la réduction et à l'autocélébration de l'art pour l'art.
En installant le plan fixe comme méthode d'exploration unique de la durée puis en la systématisant, l'auteur met en place un pur processus de révélation poétique par l'image que seule obtient la fiction en travaillant la matière du réel. Ce sont ainsi 178 minutes de parfaite sidération qui nous sont offertes. Au point même que l'impression de sublimation, celle d'un changement d'état même en tant que spectateur, à l'intérieur de soi donc, paraît se produire et vous étreindre. Alors, oui, I don't want to sleep alone est un choc, une surprise, une exception et le type de film qui ne vous laisse ni vous lâche. En plus simple, un grand film, de ceux qui ne s'oublient pas, à l'instar d'un Be with me, d'un Mulholland Drive ou d'un film de Béla Tarr.
Comme une marque de confiance dans un monde où tout concourre à faire disparaître les audaces, comme un acte de résistance dans le contexte du formatage mondialisé, I don't want to sleep alone atteint par l'épure et l'abstraction les plus hautes sommets de la représentation cinématographique. Conquérant par la rigoureuse composition de ses cadres et le jeu de ses interprètes perdu entre mutisme et silence, des abîmes où se perdent nos interprétations et notre habituelle manière d'aborder le film, I don't want to sleep alone nous fait jouir de sa splendeur, de ses profondeurs et nous emporte dans son extrême folie. Si l'on ajoute de surcroît qu'il engage l'histoire du médium entre expressionnisme et burlesque, on ne peut qu'applaudir semblable réussite.
Rares sont encore les cinéastes à faire seulement confiance à l'image et à la faire valoir au-delà de l'histoire et de toute approche dialoguée et Tsai Ming Liang est de ceux là. Pour cela, il doit être salué car I dont' want to sleep alone est de ces « films-expériences », de ceux qui marquent en osant engager le spectateur dans une expérience du regard à la fois radicale et novatrice, sublimissime et surtout inoubliable.
Alors, une chose pour finir, allez voir I dont' want to sleep alone et (re-)découvrez Tsai Ming Liang !











































