
SMILEY FACE, L'EVOLUTION DE GREGG ARAKI

Avez-vous déjà savouré des space cakes (gâteaux confectionnés au shit) ? Ou plus simplement avez-vous déjà été défoncé toute une journée au point de ne plus rien contrôler et d'aligner bévues sur bévues? Si oui alors vous risquez de vous reconnaître en Jane, jeune actrice un rien loseuse, endettée jusqu'au cou, qui avale goulûment les friandises trompeuses de son colocataire. Non mécontente de voir la vie (et donc les vicissitudes qui vont avec) sous son jour le plus halluciné, hallucinatoire et hallucinogène, elle doit se frotter à de lourdes responsabilités : rembourser un dealer aux dreadlocks, passer une audition pour un nouveau rôle et, surtout, remplacer lesdits gâteaux auxquels son diablotin de colocataire fornicateur tenait. Comme elle ne contrôle plus rien, les catastrophes s'amoncèlent. Jusqu'à la chute.

Le postulat de base du nouveau Gregg Araki, annoncé comme un rollercoaster, est intéressant parce qu'il essaye d'emblée de contredire le virage que son cinéma semblait négocier. Lors de la présentation du film à la Quinzaine des réalisateurs, le réalisateur a prévenu l'assemblée - enthousiaste : il a réalisé Smiley Face en réaction à la noirceur spleen de Mysterious Skin. Il a utilisé l'exemple du yin et du yang afin de souligner que les deux opus susmentionnés portent néanmoins la marque de leur auteur. Sous son apparence light, Smiley Face n'en trahit pas moins une vraie évolution dans le style Araki. Celui qui dans le début des années 90 réalisait des comédies provocatrices se serait-il mué en bon conformiste faussement insolent ou reste-t-il cet adolescent de presque cinquante ans toujours aussi vivace qui refuse de se comporter comme un adulte ?

Oui, il est loin le temps où James Duval se déhanchait en boîte de nuit sous une lumière stroboscopique sur un morceau de Nine Inch Nails. Où, dans des décors bleutés et rougeoyants comme l'enfer lugubre, Rose McGowan (également présente à Cannes pour promouvoir Boulevard de la mort, de Tarantino), cigarette au bec, faisait la gueule. Où Gregg Araki réalisait l'uppercut Doom Generation. Qui, ado, n'a jamais rêvé de vivre dans un film de Gregg Araki ? Depuis, les temps ont changé: les ados ne rêvent plus de Shannen Doherty ou Tori Spelling. Le vernis de la série Bervely Hills 90210 qui a fait les beaux jours du samedi soir pour toute une génération est gratté. La réalité rude entache la coolitude. Les ados n'ont plus goût en rien et sur ce terrain, on vantera le cinéma de Gus Van Sant, en phase avec son époque, dont le dernier Paranoid Park (également présenté à Cannes mais en compétition) atteint une quintessence mélancolique similaire à celle d'Elephant sans la démarche conceptuelle.
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