
PREVIEW : MISTER LONELY (HARMONY KORINE)
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On n'avait plus de nouvelles de lui depuis Gummo, Julien Donkey-Boy et ses collaborations scénaristiques avec Larry Clark (Kids & Ken Park). Au dernier festival de Cannes - où il a reçu une ovation -, le chouchou Harmony Korine, aujourd'hui la trentaine, est venu présenter Mister Lonely, une comédie désinvolte qui en apparence se situe loin de la fureur noire de ses productions passées. Ce qui semble trancher avec sa prédilection pour les portraits d'adolescents qui donnent l'impression d'avoir déjà tout vécu (ou plutôt d'être déjà dégoûtés avant d'avoir vécu). En apparence, seulement. Ceux qui pensent voir un apaisement inattendu ont tort. A travers cette histoire de sosies de Madonna, Michael Jackson et Marilyn Monroe qui se retrouvent dans une demeure pour créer des représentations scéniques de losers mélancoliques, Harmony Korine célèbre pourtant la même beauté cachée de l'Amérique que dans Gummo et greffe son thème favori (la difficulté d'être marginal ou simplement différent dans un monde dénué de fantaisie comme d'espoir).

C'est l'éternel ado qui a du mal à entrer dans le moule uniforme qui hurle son désespoir à l'écran. Des ersatz illuminés d'icônes pop ou autre tentent de raviver une magie disparue en conviant de hautes personnalités à rejouer le rêve américain. Aux personnages farfelus répondent des acteurs d'horizons étrangers (Samantha Morton, Diego Luna, Denis Lavant) qui se fondent dans le même flux US harmonique sans broncher. Chacun d'eux révèlent la singularité qu'on ne soupçonnait pas (Diego Luna), un peu (Samantha Morton seule dans l'impressionnant Voyage de Morvern Callar) ou beaucoup (Denis Lavant, icône d'un Leos Carax dont on aimerait avoir un peu plus de nouvelles après Pola X). Il résulte de ce chaos bordélique une poésie accidentelle, ceux des matins qui (dé)chantent.

En terme de structure narrative, on reconnaît la patte du réalisateur poète qui vagabonde, circule de scènes en scènes en cassant quelque peu les influences passées (sur Gummo, il évoquait avec enthousiasme Cassavetes, Godard, Derek Jarman). Il faut prendre le résultat une succession de saynètes souvent inspirées dans lesquelles une étrange morbidité torturée côtoie l'ivresse burlesque. Fragmenté en chapitres intitulés par des morceaux de Michael Jackson (dans Gummo, on entendait Like a prayer de Madonna en même temps que du punk et du death metal), le film, gavé par la culture pop, contient autant de fulgurances (le saut en parachute sans parachute de nonnes, les soliloques endiablés de Werner Herzog) que de baisses de régime plombantes (lorsque Korine cherche à trop surligner le pathétique de certaines scènes ou ausculte les tourments de sa bande de cintrés). Mais l'humour du cinéaste qui s'intéresse à des adultes immatures vivant dans leur bulle artistique (reflet d'un Korine, toujours aussi désenchanté?) fait agréablement mouche. Inégal, certes. Stimulant, aussi. Pour l'heure, aucune date de sortie française n'est prévue.
Romain Le Vern










































