
HEROS
Un film de Bruno Merle
Avec Michaël Youn, Patrick Chesnais, Raphaël Benayoun
Durée : 1h56
Date de sortie : 20 juin 2007
Dégonflons la baudruche : Héros, présenté - on se demande encore pourquoi - à la Semaine de la Critique au dernier festival de Cannes, est une sinistre blague potache pas assumée qui révèle sa supercherie dès les premières bobines. Si vous devez entendre des rires dans la salle, ils ne proviendront que de l'équipe du film qui dans la confidentialité s'est amusée à monter ce faux précipité phénomène où un comique notoire (Michael Youn donc) cherche à écorner son image en révélant sa face très sombre. Résumons : un chauffeur de salle à la télévision exècre son boulot, en a marre de passer pour le comique de service et séquestre un chanteur idolâtré pour péter tous les plombs de sa vie mal rangée. D'un bout à l'autre, le registre est binaire : Youn fait le trublion qui arpente les couloirs nu comme un ver dans une scène et peut fondre en larmes dans la suivante. En d'autres termes, un suicide artistique qui suinte l'aigreur morose, le manque de reconnaissance.

Ce n'est pas la prétention bêtasse qui écrase cette farce "expérimentale" aux atours fantastiques. Le style se revendique de Misery (séquestration forcée d'un artiste) avec un zeste de Calvaire (sans l'humour belge) et beaucoup de Tchao Pantin (contre-emploi d'un comique pas que marrant). Bien. Bien mais taratata : Michael Youn n'est pas Coluche et la dark side du comique n'intéresse personne d'autre que lui-même (et peut-être ses fans du Morning Live). De manière persistante, on sent poindre le sarcasme d'un Youn qui joue complaisamment de son image schizophrène (gai en apparence, torturé à l'intérieur) façon Patrick Sébastien qui joue son grand bluff d'écrivain sur les plateaux de télé. Le procédé, volontariste et simplet, est littéralement plombé par des dialogues niais où Michael disserte dans les étoiles sur les apparences trompeuses («je ne suis pas celui que vous croyez, public détesté») et des effets de style ratés comme l'apostrophe vers le réalisateur-démiurge derrière la caméra évoquant Edouard Baer dans ses pires moments (Akoibon). Ce one man show narcissique et prétentieux coule dans le plomb tout espoir de cinéma. Les clowns sont tristes et le cinéma devient pauvre (l'idée d'étirer les scènes pour tester la résistance du spectateur serait stimulante chez des provocateurs talentueux). Sur cinq minutes, la blague doit sans doute être poilante. Etalée sur environ deux heures, cette prise d'otage cynique orchestrée par le complice Merle est juste insoutenable.
Romain Le Vern
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