
OCEAN'S 13
Un film de Steven Soderbergh
Avec George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon
Durée : 2h02
Date de sortie : 20 Juin 2007

Douloureux objectif que de réaliser une trilogie autour d'un premier volet, remake d'un film qui avait besoin d'être dépoussiéré (l'obsolète L'inconnu de Las Vegas, réalisé en 1961). Autant Ocean's 12 (que nous avions hautement soutenu dans ces colonnes) misait sur l'expérimentation futée et prenait beaucoup de risques narratifs et formels en tapant chaleureusement dans le dos, autant ce très paresseux Ocean's 13 ternit cette agréable impression en clignant ostensiblement à l'oeil du spectateur par un recours à un luxe bling bling made in Gucci qui amuse cinq secondes. Ennuie le reste du temps. Que Brad Pitt continue de bouffer à chaque scène ne constitue pas un problème en soi. Juste qu'on fantasmait trop le divertissement haut de gamme doublé d'une réflexion mélancolique sur la décrépitude des héros et le portrait en demi-teinte d'une société rongée par l'appât du gain. Sous le divertissement futile de ce Ocean's 13, aucune intelligence ne perce, aucune réflexion ne stimule les neurones et, plus alarmant, aucun plaisir de faire du cinéma (ce qui est rare chez Soderbergh). Juste l'illustration d'une intrigue linéaire et mécanique où les personnages secondaires sont figés à leur place et les trois protagonistes (Clooney, Pitt et dans une moindre mesure Damon) sont mis en avant pour masquer le pot aux roses et compenser l'absence glamour des femmes (Catherine Zeta-Jones et Julia Roberts). Les nouveaux venus font ce qu'ils peuvent (Al Pacino, en bout de piste) et les récents couteaux (Vincent Cassel, en deus ex machina balourd) sont à ranger au rayon des utilités. Voilà, c'est dit.

Mais d'autres éléments inquiétants accentuent les signes de faiblesses. Tout d'abord, la volonté bêtasse de séduire tout le monde à tout prix. En totale contradiction avec le précédent volet où l'auteur partait d'un postulat basique de film de genre pour puiser jusqu'au bout de ses obsessions et autres marottes, Ocean's 13 donne surtout l'impression qu'il a été fait pour rassurer ceux qui n'avaient pas du tout adhéré aux arabesques alambiquées du précédent volet. Comme si le bon élève s'était fait taper sur les doigts par ses professeurs producteurs plus trop respectueux du prodige Hollywoodien. Le réalisateur, visiblement las d'expérimenter, s'est reposé sur des acquis en offrant une application de recettes plus ou moins efficaces (même volonté de tourner en dérision le bad guy incarné par Andy Garcia, seul élément vraiment comique de l'ensemble ; même détermination à brouiller les limites entre réalité et fiction sans créer de vertige). La complexité et les audaces se sont volatilisées ; le charme, évaporé comme par magie. L'avantage, c'est que le résultat ne réclame pas d'effort pour qu'on s'y sente plus immédiatement à l'aise. L'inconvénient, c'est que le film, terriblement superficiel, souffre de ce manque de substance et s'abîme dans le clinquant, le toc, le rien.
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