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CINE : L'ENNEMI INTIME

CINE : L'ENNEMI INTIME

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Dès ses premières minutes, le nouveau film de Florent-Emilio Siri déconcerte, trouble l'esprit. Et il faut quelques instants pour réaliser que l'origine de ce trouble n'est pas tant à chercher dans l'oeuvre seule que dans nos réflexes conditionnés de spectateur. Voilà plus de quarante ans, en effet, que le film de guerre français a abandonné les terres d'une certaine cinégénie assumée. Entre l'image sèche, quasi-documentaire, limite amateur des années 70 (Avoir 20 ans dans les Aurès, R.A.S, La Légion saute sur Kolwezi) et le lyrisme pictural et césarisable des années 90 (Dien Bien Phu, Indochine) notre cerveau de spectateur avait oublié les fantômes d'Henri Verneuil, de René Clément ou de Denys de La Patellière, et leur apport à ce genre autrefois populaire. La première séquence de L'Ennemi intime met en scène une embuscade nocturne au coeur du maquis. Le cadre impose d'emblée son Cinémascope ; le paysage nocturne (probablement filmé de jour et retravaillée en post-prod) fait ressortir les contrastes jusqu'à les rendre violents ; les personnages ont des postures qu'on devine étudiées dans leur naturel apparent, et soulignent les lignes de force de l'image. Notre conditionnement de spectateur indique que de tels personnages, dans un tel cadre, devraient parler l'anglais ou l'italien, mais ils parlent le français. Et là réside notre surprise et notre joie.

l'ennemi intimme

L'ENNEMI INTIME
Un film de Florent-Emilio Siri
Avec Benoit Magimel, Albert Dupontel, Aurelien Recoing, Marc Barbé, Eric Savin, Fellag
Durée : 1h48
Date de sortie: 03 octobre 2007

En faisant ouvertement de la mise en scène, en élaborant un film qui cible le public le plus large plutôt que les donneurs d'opinions, Florent-Emilio Siri prend assurément un risque. Le fondamentalisme qui imprègne inconsciemment une large partie de la critique française considère la « réalité » comme étant moche, plate, sans couleur et sans musique. De fait, une telle idéologie interdit de « faire du Cinéma » dès lors qu'on aborderait un « sujet grave » (il suffit, pour exemple, de se rappeler de l'accueil réservé l'an dernier à Cannes au Buenos Aires 1977 d'Adrian Caetano). En choisissant au contraire d'élaborer sa mise en scène, de chercher l'effet qui parlera au corps et à l'esprit plutôt qu'au seul intellect, Siri fait acte militant et renoue avec une certaine idée du cinéma européen des années 60, où « sujet grave » et « spectacle » n'étaient pas des notions incompatibles.

l'ennemi intimme

Bien évidemment, le simple fait que L'Ennemi intime assume sa classe et son élégance formelle suffira à le taxer, chez les pro comme chez les anti, de film « à l'américaine », aidé en cela par la récente expérience hollywoodienne du cinéaste. Mais ce serait peut-être une erreur, car sur le plan formel et scénaristique L'Ennemi intime a finalement peu à voir avec le cinéma américain et au contraire beaucoup d'affinités avec tout un pan du cinéma italien. Ainsi, les places de village arabes, écrasées sous le soleil, nous renvoient à la Sicile du Salvatore Giuliano de Francesco Rosi. L'assurance guindée de certains officiers français sur fond rocheux évoque par instants Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini. L'arrivée empoussiérée du personnage de Terrien a un petit air du Fou de Guerre de Dino Risi et les accords du score d'Alexandre Desplat évoquent à plus d'une reprise ceux qu'Ennio Morricone réservait autrefois à ces cinéastes.

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