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CINE : RAISONS D'ETAT

CINE : RAISONS D'ETAT

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    Qui aurait cru que Robert De Niro reviendrait en excellente forme en tant que réalisateur treize ans après son lointain Il était une fois dans le Bronx ? Pas nous. D'ailleurs, au départ, on n'y croyait pas avec sa durée rédhibitoire (presque trois heures) et son sujet prétexte pour décliner de l'académisme à Oscar. Et pourtant, il s'agit contre toute attente d'une réussite produite par tonton Coppola où De Niro refuse de céder aux facilités consensuelles de l'espionnage pour édifier une oeuvre captivante, névrotique et audacieuse où la lenteur ici synonyme d'exigence et de rigueur est un prix à payer.

RAISONS D'ETAT
Un film de Robert De Niro
Avec Matt Damon, Angelina Jolie, Robert De Niro, Alec Baldwin, Billy Crudup, Joe Pesci, Keir Dullea, William Hurt, Timothy Hutton, Gabriel Macht, Michael Gambon, Tammy Blanchard.
Durée : 2h48.
Date de sortie : 04 juillet 2007

raisons d'etat

Il y a plus de dix ans, on découvrait que Robert De Niro avait un talent assuré pour raconter des histoires complexes. Et il était temps qu'il revienne nous en raconter une nouvelle. Celle-ci n'a pas été choisie ni écrite de mains légères (celles de Eric Roth, scénariste émérite de Munich). Sur le papier, elle raconte les balbutiements de la CIA durant la seconde guerre mondiale à travers le parcours torturé de Edward Wilson, l'un de ses premiers agents. Une histoire inspirée de la vraie vie du fondateur de la CIA (James Jesus Angleton) recruté pareillement à la sortie de Yales qui traite en creux des sujets chers à Bob (la foi en l'Amérique, le vernis craquelant d'un pays fantasmé et phagocyté). A défaut d'être totalement indiscutable (deux trois invraisemblances se chamaillent dans les méandres du récit), elle est suffisamment substantielle et captivante pour être fragmentée en plusieurs épisodes. Telle quelle, on pourrait la regarder avec la même passion qu'une série fleuve où le spectateur, nullement logé aux abonnés absents, fait partie intégrante d'un récit dense, fluide et hélas aride où il doit recoller les morceaux tout seul comme un grand.

raisons d'etat

Le fil conducteur de ce bon récit d'espionnage où les informations circulent à l'écran et dans le ciboulot repose sur un McGuffin que l'on découvre au début et dont on comprendra la totale signification qu'à la toute fin. Point barre. Entre temps, écheveaux sentimentaux, traquenards ourdis, atmosphère délétère. Robert De Niro donne l'impression de réciter une grammaire cinématographique déjà acquise par des metteurs en scène au moins aussi doués que lui. La bonne nouvelle, c'est qu'il montre justement - et c'est peut-être là son audace - que les vieilles recettes d'antan ne sont point caduques et qu'il ne suffit pas de faire trembler la caméra pour que l'on ait la sensation de pénétrer dans l'esprit d'un homme. Grossièrement, on peut apparenter ça à du Ron Howard sans la démonstration pataude, qui se permet de temps en temps de vrais éclats dans des séquences a priori anodines et inversement (voir la triste histoire du fiston pas bien dans ses baskets). Dommage donc que Raisons d'Etat sorte en plein milieu de l'été : il est si sombre et triste qu'il risque de décourager le plus cinéphile des vacanciers. Dommage aussi que De Niro à l'inverse de son jeune collègue David Fincher, ait jugé bon de briser la linéarité d'une histoire à la durée intimidante et d'user de flash-backs et flash-forwards pour créer une dynamique un peu vaine. Le contenu est suffisamment passionnant pour passionner tout court, sans artifices.

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