
AMERICAN VERTIGO
Un film de Michko Netchak
Scénario de Gilles Hertzog d'après le livre de Bernard-Henri Lévy
Durée : 1h35
Date de sortie le 20 juin 2007

On se souvient sans doute du ramdam médiatique qui accompagna la publication de American Vertigo, Outre-Atlantique d'abord. Interview par Tina Brown, ex-rédactrice en chef de la revue Vanity Fair, à la New York Public Library, devant un public payant de près de mille personnes au premier rang duquel on reconnaît Lauren Bacall, événement réédité quelques jours à peine plus tard au célèbre « Y », haut lieu culturel new-yorkais devant pas moins de neuf cents personnes, puis à l'Athenæum de Boston... Quelques stars du rock en pâlissent encore. En quelques semaines, BHL était numéro un des ventes dans le Massachusetts d'après le classement du Boston Sunday Globe (huitième vente selon le Los Angeles Times, quinzième pour le New York Times). Et force est de reconnaître que l'essai qui réunissait ses réflexions, écrites et publiées « à chaud » dans le magazine américain, ne manque pas d'intérêt.
De l'omniprésence étrange du drapeau dans le paysage américain, à une plongée effroyable dans les gouffres de ses prisons publiques ou privées (Rikers Island à New York, la célèbre Alcatraz bien sûr, Angola à New Orleans, la prison pour femmes de Southern Nevada, Guantanamo), lieux sordides qui, cachés, enfouis, écartés de tout ce qu'un pays veut voir et montrer de lui-même, s'avèrent paradoxalement terriblement révélateurs... De cette furie américaine de tout récupérer, bricoler, muséifier et mythifier aussitôt, fût-ce au détriment de toute espèce de véracité historique, le base-ball, un faux fossile d'homme préhistorique, la prochaine chambre d'hôtel de John Kerry, manie dont Umberto Eco (La Guerre du faux) avait déjà dit tout le risible et l'inquiétant, jusqu'à l'incroyable, l'incompréhensible melting-pot ethnique, social, culturel, linguistique, religieux, qui fait le fond même de la démocratie américaine, son sens inouï de la tolérance, mais aussi son organisation cloisonnée, communautariste, « balkanisée »...

De la folie des grands espaces urbains, naturels, architecturaux, à la paranoïa sécuritaire, qui impose non pas la liberté de circulation, mais son obligation, et conduit au « Mur de la honte et de la mort » érigé entre San Diego et Tijuana... De l'omniprésence des religions de tout poil dans la vie quotidienne, essor créationniste compris, à la frénésie libertaire d'une San Francisco, par exemple, d'où continuent toujours de partir de nouvelles « Beat Generations »... C'est toute une radioscopie de la société américaine qui passe au crible des analyses du philosophe.



































