"Certaines scènes coupent le souffle, agressent le regard et donnent au spectateur l'impression de se prendre un TGV en pleine figure."
Après avoir succombé au désir interdit, maman truie et papa humain donnent naissance à trois jeunes porcelets qui préfèrent les cris aux chuchotements. Ne supportant plus les braillements des porcins, le mari jaloux trucide sa petite famille, provoque la colère - bouleversante - de la truie qui se suicide de tristesse et finit en Saint-Antoine, seul, nu, désespéré, recouvert d'excréments. Non, ce n'est pas le (lourd) programme scénaristique d'un John Waters perdu au fin fond des Landes mais celui d'un jeune cinéaste provocateur et incompris toqué de Félicien Rops qui a cherché bien avant les autres à scruter la bestialité des hommes et l'humanité des bêtes dans une symphonie romantique, faite de répétitions, de situations ressassées, de variations sur la famille, le sexe, l'amour. Mitonnant tout (ésotérisme, sacré, mysticisme, abjection) avec un sérieux immuable, Zeno réussit, sans doute grâce à son background de documentariste et la complicité de Dominique Garny (impliqué corps et âme à l'interprétation et au scénario), le lourd exploit d'échapper au précipité vomitif en donnant à voir d'autres choses: le parcours tordu d'un homme terriblement solitaire qui cherche à faire corps avec le monde et donc les éléments qui sont autour de lui (la terre, l'eau, le feu et l'air), l'hypersexualité des animaux qui forniquent sans contrainte, la misère sexuelle de l'homme qui ne peut subvenir à ses besoins autrement et finalement la naissance d'un amour improbable en triturant le bon vieux quotidien étal; en plaquant les codes horizontaux de tonton Baudelaire; en prenant les allures d'une fable allégorique et élégiaque, surréaliste et prosaïque, elliptique et bizarre, organique et mortifère.
Si la photo noir et blanc et la mise en scène paraissent chichiteuses ou fétichistes ; si la musique belle comme pontifiante ne sert finalement qu'à amplifier la dramaturgie, elles ne gâchent aucunement la force picturale des plans et la folie des rebondissements dans la narration (les gorets emmitouflés dans leurs tricots qui se tiennent mal lors des repas familiaux). Ca aurait été quelque chose de facile et de gratuit s'il n'y avait pas l'expression d'une évolution et le désir d'une quête. S'il n'y avait pas non plus cette volonté de faire rire entre deux chocs (ladite scène de repas où les situations paraissent tellement lumineuses que les protagonistes de l'affaire parviennent à nous faire croire que oui, l'amour zoophile est possible). Plus tard, lorsqu'il aura zigouillé sa famille, le protagoniste va se débattre dans des espaces restreints, des rituels abscons et, surtout, entre les murs invisibles de ses obsessions intérieures. Le héros n'est pas victime des circonstances ou de la fatalité, mais de lui-même (et par conséquent de sa nature profonde). Dans toute cette dernière partie, l'action est alors réduite à une sorte de rumination énigmatique, un long finale mahlérien à goût de terre.
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