
DOSSIER : REALISATEURS CONTROVERSES MADE IN FRANCE VOL. 2
Tout sur ROMAN DE GARE - La Critique - Photos - Le 0000-00-00 00:00:00GASPARD NOE
Pour
Gaspar Noé dérange et tant mieux. Véritable homme orchestre sur Carne et Seul contre tous, il propose un cinéma âpre, dur et singulièrement réaliste qu'Irréversible confirme au plus haut point. Son cinéma demeure avant tout une expérience viscérale. Noé se refuse au divertissement stérile. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, une fois la projection du film achevée, le spectateur en ressort différent. Et c'est cela qu'il faut interroger. Et non pas forcément le pourquoi du comment de filmer un viol dans le cas d'Irréversible.

Principaux griefs du film : sa forme et sa violence. Noé filme la violence avec violence. Et bien sûr, voir un homosexuel se faire éclater la tête à coup d'extincteur, et regarder une femme se faire violer par sodomie en plan séquence pendant près de 7 minutes puis finir par se faire tabasser, tout cela fait forcément "tache" dans le paradigme cinématographique estampillé "cinéma français". Bien sûr on pense à Délivrance, les Accusés. Eux aussi ont été traînés en leur temps dans la boue, mais eux aussi ont en commun d'avoir derrière la caméra de véritables cinéastes qui savaient leur métier et maîtrisaient de bout en bout leur film, pour proposer une démarche singulière dans un cinéma qui cherche hélas de plus en plus à ne prendre aucun risque.
Il faut toujours justifier ce que l'on filme pour une certaine partie de la critique et du public. L'époque où "le travelling était une affaire de morale" avec l'affaire de Kapo est révolue. Ce pouvait être effectivement le cas au temps de la nouvelle vague française, mais de nos jours au XX1ème siècle, cela n'a plus lieu d'être avec les nouveaux régimes d'images qui submergent notre quotidien. Il y a tous les jours des viols dans la vie, alors pourquoi ne pas les représenter ? L'important c'est l'état dans lequel le spectateur est, et non pas la soi disante complaisance que pourrait avoir Noé à filmer la violence. C'est ça qu'il faut analyser ! En chacun de nous une violence ronge inexorablement l'individu et lorsque celui-ci est aculé au bord du gouffre, il peut à tout moment déchaîner sa rage. La raison n'est qu'un piètre garde-fou en certaines circonstances. L'actualité chaque jour le montre avec son lot de faits-divers ; mais alors au cinéma on n'a pas le droit à la pareille ? C'est de l'art avant tout. En tant que tel sa principale fonction est de questionner. Irréversible c'est du cinéma avant tout et contrairement à la télévision présente dans chaque foyer, le cinéma demande une démarche. Voir le film Irréversible c'est un choix qu'il faut assumer. Tous les aspects de l'existence sont interrogés lorsque le spectateur est confronté à un objet qui le met dans un état auquel il n'aurait pu s'attendre. Avec le film de Noé le cinéma est vécu avant tout comme une expérience. Amour, mort, vengeance, des thèmes éculés et pourtant indéfectiblement faisant partie intégrante du cinéma contemporain et qui invite tout à chacun avec Irréversible à un regard introspectif.
Gwenael Tison

Contre
En se concentrant sur une seule oeuvre de Gaspar Noé, Irréversible, tentons d’expliquer pourquoi ce cinéaste est toujours resté à la surface des choses... Noé est un réalisateur qui va droit au but, qui n’utilise pas de chemins détournés, lorsque quelque chose lui brûle les lèvres, il sait le faire jaillir instantanément sur la pellicule. Oui, mais voilà, le résultat semble toujours précipité, brut de décoffrage, comme une idée qui ne mûrit pas. Irréversible part d’une pirouette scénaristique : celle de remonter dans le temps. Rien de bien original, Christopher Nolan avait déjà exploité ce système dans Memento, dont l’histoire légitimait l’utilisation de cet étonnant procédé. Ici, cette chronologie inversée semble gratuite : ingénieuse mais vaine. Comme illuminé par cette idée originale, Noé décide de mettre au centre de sa descente aux enfers à l’envers, un viol. Pas n’importe lequel : celui de Monica Bellucci, qui, à l’époque, venait de passer icône nationale grâce à son rôle de Cléopâtre dans Astérix. Vincent Cassel interprète son amant dans Irréversible et tout le monde considère alors le couple (à l’écran comme à la ville) comme le top du glamour à la française. Bref, autant aller dans la provocation la plus facile : Noé fait exploser tout ça. En tentant de détruire une image médiatique, il ne fait que la renforcer et Bellucci devient un personnage qui n’existe que par le fait qu¹elle se fasse violer, rien de plus, Cassel représentant la vengeance, rien de plus. C’est tout noir ou tout blanc, les personnages étouffent tant ils semblent destins à ne jamais sortir de leur condition de pantins au service d’un metteur en scène qui ne fait que dans le « choc »...

A ce niveau-là, ça s’enchaîne ; et ce dès le générique, qui cherche à installer la nausée chez le spectateur. Par la suite, c’est de la violence pure et au premier degré mais honteusement stylisée, ce sont des scènes de fausse candeur plus racoleuses qu’émouvantes... à force de vouloir en mettre plein la gueule, Noé se perd dans son besoin d’esthétisme à tout prix et perd le fil de son histoire. Il perd également le contrôle de ses idées et explore des thèmes immondes avec une neutralité de ton déconcertante... Noé pose sa caméra, la fait tourner de temps en temps pour nous donner cette délicieuse envie de vomir, mais ne considère pas une seconde que l’histoire qu’il raconte est cruellement creuse, vide de tout sens... Monté à l’endroit, le film se rapprocherait du néant tant les sujets explorés sont traités sans aucune profondeur. Et c’est bien le problème de Noé : il excite la pupille du spectateur, l’asphyxie, le torture, en espérant qu’il ne verra pas que derrière tout ça, il n’y a rien... ou si peu.
Kevin Dutot














































