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DOSSIER TINTO BRASS : MUY CALIENTE

DOSSIER TINTO BRASS : MUY CALIENTE

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Obsédé par le derrière des femmes, les blagues grivoises et les miroirs biscornus, le réalisateur italien Tinto Brass, Dionysos de l'érotisme transalpin, a toujours filmé le sexe dans ce qu'il avait de drôle et décomplexé sans avoir recours aux ficelles théoriques. Dieu soit loué: six de ses films (Salon Kitty, All ladies do it, Frivolous Lola, Transgressing, Paprika et Do it) sortent de concert dans un coffret en forme de coeur. Le sexe filmé selon les codes de tonton Brass donne furieusement envie d'aimer ses petites histoires cochonnes. Idéales pour se réchauffer les sens en cet été glacial.

tinto brass
All ladies do it

On a toujours voulu donner l'image d'un Tinto Brass pervers pépère uniquement apte à édifier des fictions polissonnes calibrées pour les plaisirs ado du dimanche soir. Jugement réducteur : Tinto Brass est un jouisseur qui dans un contexte historique frigide parle d'hédonisme cru avec une bonne louche d'humour jamais craignos et enregistre des fragments de désir dans une société sauvagement corsetée. Toutes les héroïnes magnifiées devant sa caméra possèdent le corps de la volupté et le regard de la mélancolie. Comme souvent, dans ses dérives les plus ambitieuses, Brass aime à ratisser large, à concilier la toile de fond historique (pendant ou après la seconde guerre mondiale) et une libération sexuelle intérieure. Dans les six proposés dans ce coffret, les émulsions prennent bien. Le fait qu'il s'attache aux périodes les plus sinistres de l'histoire (souvent la seconde guerre mondiale) agit comme une réminiscence: c'est à cette époque que le petit Brass a découvert les plaisirs de la chair. Et a toujours voulu nous convier à travers toute sorte de films «carré rose» à sa découverte du sexe. Finalement, il filme le cul comme un gamin qui ignore encore tout de ses mystères: avec des mouvements de caméra subreptices et fixes qui captent le choc érotique et la révélation érectile. En même temps que le monde sauvagement répressif autour de lui partait en vrille (son papa fasciste l'a viré de la maison alors qu'il n'avait que 18 ans), il renvoie l'abandon de soi et la quête de l'orgasme à la frustration et la (f)rigidité érigées en modèles. Peu étonnant ainsi que le miroir soit l'un des éléments qui revient le plus fréquemment dans ses fictions : c'est à travers ça que la détestation de soi, l'auto-érotisme et la découverte du corps s'exhibent. Il permet aux personnages comme au jeune Brass de décupler des émotions indicibles. Bref, soyons clairs: si Brass fait du cinéma, c'est juste pour rendre le monde meilleur et accessoirement tordre le cou à la déshumanisation de certains rapports charnels uniquement basés sur la domination et l'absence d'amour. Registre plus inquiétant encore que les ragnagnas théoriques.

tinto brass
Salon Kitty

On peut être surpris que le coffret regroupe des oeuvres aussi différentes de la carrière de Tinto Brass sans réellement faire de distinctions franches entre elles. Or Salon Kitty n'a rien à voir avec les récents Transgressing et Fallo! (do it). Dans le premier, Brass y exploite une mouvance à la mode : la nazisploitation. Il l'a réalisé après une longue période consacré aux documentaires - notamment sur les guerres qui ont affligé l'Europe au début du siècle dernier - et des oeuvres étranges (Yankee, un western expérimental) ou engagées (Le hurlement, censuré et interdit jusqu'en 1974 non pas pour ses scènes érotiques mais son contenu politique traité sur un mode surréaliste). Réalisé en 75, Salon Kitty, objet malade quelque part entre le précipité auteurisant et le produit d'exploitation, marque les premiers pas de Brass dans le domaine qui deviendra celui de sa prédilection: le cul, en écho à la libération seventies des moeurs. Mais un cul pas nécessairement hédoniste, filmé en période trouble dans le sillage du Conformiste ou Portier de nuit. Sa grande inspiration demeure Salo ou les 120 jours de Sodome que Pasolini a signé quasiment au même moment. Le choc n'est pas aussi frontal mais les intentions sont similaires. Il utilise l'esthétique nazie pour la tourner en dérision et révéler sa laideur et appuyer une réflexion minimale sur le pouvoir et le fanatisme en période trouble, érigés en symboles de destruction. Marqué par la seconde guerre mondiale, il s'intéressera en premier lieu à dépeindre un bordel du troisième Reich dirigée par une mère maquerelle berlinoise (la madame Kitty du titre) et utilisé comme lieu d'espionnage et d'aryanisation par un officier SS qui veut fliquer des officiers haut placés.

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