
STEAK
Un film de Quentin Dupieux (Mr Oizo)
Avec Eric Judor, Ramzy Bédia, Sébastien Tellier
Durée : 1h22
Sortie : 20 Juin 2007

ROMAIN LE VERN
"Ne vous fiez pas à son accueil désastreux qui aimerait le faire passer pour une comédie de rien: c'est le plus beau pied de nez que vous verrez cette année."
Un suicide commercial cache parfois une réussite artistique totale. C'est le cas de Steak qui répond à cette formule sans rabâcher des formules. Avec en tête d'affiche Eric et Ramzy, trublions hexagonaux dont l'humour peut littéralement laisser de marbre, le film a fortiori calibré pour cartonner au box-office (voir son nombre hallucinant de copies) devait en surface ressembler à un énième ersatz de La Tour Montparnasse Infernale. Et courrait, par conséquent, le grand risque d'épuiser l'oeil au bout des cinq premières minutes. Surprise: il n'en est strictement rien. La première bonne nouvelle, c'est que contrairement à d'habitude, les deux comiques ont rangé leurs blagues au vestiaire en se mettant au diapason de Quentin Dupieux (Mister Oizo), auteur radical et intransigeant qui impose à chaque plan son sens aigu de l'atmosphère, son humour, sa mélancolie, son goût de l'étrangeté et ses raisonnements absurdes. La seconde, c'est que sous le style faussement branché (ce que le film n'est jamais), il en profite pour glisser deux trois réflexions sur les effets de mode dérisoires et tourne en dérision les situations les plus tragiquement glauques. Pour peu qu'on cherche de la nouveauté, l'ensemble est sensationnel. A plus d'un titre.

Bande-son à tomber, cadrage et photo impecs, mise en scène dynamique, court-circuitage total des conventions, dénouement abrupt en forme de doigt d'honneur. Invendable et inclassable, Steak tord le cou à tout ce qu'on pouvait attendre et constitue un vrai film de torturé nonsensique et anticommercial, extrême et cintré, décalé et unique qui cite autant Cronenberg que Dumb & Dumber ou Orange Mécanique. Ce qui peut légitimement dérouter ceux qui ne rentrent pas illico dans le trip et réjouir à l'inverse ceux qui n'attendaient que ça. Sans entrer dans les détails, le résultat possède un tel pouvoir addictif qu'il donne envie d'être vu à répétition. Ne vous fiez pas à son accueil désastreux qui aimerait le faire passer pour une comédie de rien: c'est le plus beau pied de nez que vous verrez cette année. Dans son genre (borderline et imprévu), impressionnant.
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