

RATATOUILLE (rat-a-too-ee)
Un film de Brad Bird
Avec les voix de Paton Oswalt, Ian Holm, Lou Romano, Janeane Garofalo, Peter O'Toole
Durée : 1h50
Date de sortie : 1er août 2007
Remy, c'est un peu l'esprit rêveur d'une colonie de rats qui acceptent le quotidien auquel ils étaient destinés. Remy, il veut plus que cela, et il veut surtout bien plus que de simples trognons de pomme comme repas : son dada, c'est la grande cuisine. Il le sent dans ses tripes, et l'idée même d'approcher les fourneaux le met dans tous ses états. Lorsqu'il atterrit accidentellement dans le meilleur restaurant du monde, en plein coeur de Paris, il saute alors sur l'occasion pour mettre ses talents à profit de Linguini, un plongeur incapable de préparer des oeufs à la coque...
L'essentiel du propos est là. La passion et cette humilité sociale qui retient certains génies timides à franchir le pas. Bird ne trichera d'ailleurs pas sur la marchandise puisque le programme est annoncé d'entrée de jeu avec une introduction qui ressemble justement à s'y méprendre à celle des Indestructibles. Un résumé du film modestement présenté sous une forme télévisée avant de nous gratifier d'un spectacle culinaire en cinémascope où chaque millimètre du cadre fera l'objet d'un soin infini. La forme, une vraie splendeur, on y reviendra plus tard. Fort heureusement, l'argument de poids de Ratatouille, ne consiste pas à uniquement nous raconter les mésaventures d'un rongeur déambulant entre les assiettes et les couteaux. Le rat est justement la créature la plus mal-aimée des milieux hygiéniques, et sous couvert d'un certain savoir-faire, est condamné d'avance pour délit de faciès. Le film sonne donc comme un appel à la tolérance d'appréciation. On s'adresse même au vilain métier de critique, et fatalement à celles et ceux de notre spécialité qui ne prendraient pas le temps de saisir l'effort artistique fourni. Même sur les pires navets. Une chose qui, de toute façon, ne concerne pas Pixar dont le travail s'est toujours imposé comme le dessus du panier des films d'animation 3D.

Alors oui, dans son fond, Ratatouille conservera quelques étincelles d'une démagogie de rigueur, mais même dans ses thèmes les plus mielleux le film fait preuve d'une telle intelligence que le spectacle reste impressionnant. Au contraire, on le démystifie puisque le vilain critique culinaire (Peter O'toole) qui allume à qui mieux-mieux les restaurants imparfaits, sera ici présenté comme un personnage démoniaque et filiforme (maigre parce qu'il n'avale que la bonne cuisine) tout droit sorti d'une production de la Hammer. Tapant sur sa machine à écrire en forme de tête de mort, tel un fantôme de l'Opéra dont la chambre arbore le profil d'un cercueil, il est ainsi ce mal absolu contre qui seuls les passionnés ET talentueux peuvent garder le profil haut.
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