
DELICE PALOMA
Un film de Nadir Mokrèche
Avec Biyouna, Nadia Kaci, Aylin Prandi
Durée : 2h14
Date de sortie : 11 juillet 2007

Mais ne brûlons pas les étapes. Délice Paloma, qu'est-ce que c'est ? Contrairement à ce que son affiche laisse croire, il s'agit avant tout d'une histoire policière mâtinée de suspense. Tout le film est en effet construit comme un flashback : dès la première scène, on assiste à la sortie de prison de Mme Aldjéria - la véritable héroïne de l'histoire -. Comment y a-t-elle échoué ? Voilà quel sera le Mc Guffin pendant les 2h15 du film. Et si la résolution prend tellement de temps à venir, c'est parce qu'elle n'intéresse que moyennement le metteur en scène. Ce dernier ne lui accorde d'ailleurs qu'une importance relative, et pour tout dire, cet aspect du film est assez décevant.
Car ce qui motive Nadir Moknèche, et on ne saurait être plus en accord avec lui, c'est avant tout de nous dresser une galerie de personnages. Au premier rang de ceux-ci : Mme Aldjéria, donc, la dame en bleu sur l'affiche dont on parlait plus haut. Soit une sorte de combinarde patronne d'une agence de services officieux, madame Claude soft à ses heures, fêtarde et explosive ; incarnée avec une délectation et une intensité manifeste par Biyouna. (Qui n'a donc pas de nom de famille ; tout comme Raimu, Fernandel, Arletty et Bob l'éponge.)

Elle est secondée dans ses oeuvres par Shéhérazade, une jeune femme volontaire et émancipée à qui Nadia Kaci prête ses jolis traits (Nationale 7, ça commence aujourd'hui), et par son fils Riyad, beau gosse ténébreux par qui le souk arrive, incarné par le maroco-suédois Daniel Lundh. Mais la vraie révélation du film, son « plus-produit » si vous préférez, c'est Aylin Prandi. Dans le rôle-titre, l'argentine explose littéralement, imposant une fraîcheur et un naturel désarmant. C'est bien simple : si vous n'êtes pas tombé amoureux au bout de trois scènes, c'est que vous êtes gay. Ou que vous avez des ovaires.
Avec une distribution et des personnages tels que ceux-là, on comprendra que tout ce qui vient après relève du bonus. On se bornera donc à relever une bande son excellente, ponctuée de morceaux de Raï pour la musique qu'écoutent les personnages et de violoncelle pour la musique du film, un mélange étonnamment discret. On relèvera aussi la justesse d'un script qui sait se ménager des fenêtres pour des moments plus tristes (toutes les scènes dans le présent). Si l'on devait citer un défaut, car évidemment ils sont de la partie, on stigmatisera principalement la voix off du personnage principal, qui a la désagréable manie de nous décrire ce que l'on voit à l'écran - quand elle ne sous dit pas carrément ce que l'on est censé ressentir -. Mais l'un dans l'autre, il s'agit d'un défaut mineur au sein d'un film qui s'avère somme toute éminemment sympathique et tout à fait recommandable.

Et puis, au risque de radoter : il y a Aylin Prandi, qui du haut de son premier film vaut toutes les Angelina Jolie et Virginie Ledoyen du monde.
Cédric Muffat
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