
INTERVIEW
Un film de Steve Buscemi
Avec Steve Buscemi, Sienna Miller
Durée : 1h23
Sortie le 1er août 2007
Exercice passionnant s'il en est, l'interview comporte bien souvent pour le journaliste sa part de surprises, bonnes ou mauvaises, quand elle n'empreinte pas des chemins totalement inattendus, comme de tourner à la rigolade, au dialogue de sourd, à l'affrontement tendu ou au contraire à des réflexions d'une profondeur inespérée. A partir de ce concept, Interview met en place un face-à-face entre un homme et une femme, véritable choc de personnalités issues de deux mondes qui s'opposent a priori radicalement. Pierre Peters (Steve Buscemi) est journaliste spécialisé dans l'actualité internationale et se voit obligé de perdre son temps à interviewer une starlette, suprême insulte que lui fait son rédacteur en chef pour lui signifier qu'il est en échec. Katya (Sienna Miller), star du soap et de slasher, tente vainement d'acquérir une crédibilité en tant que comédienne et se retrouve face à un journaliste qui prend un malin plaisir à lui servir les derniers ragots circulant sur son compte. Pour couronner le tout, la star ne s'excuse pas de son retard auprès de son interlocuteur, lequel n'hésite pas à lui faire comprendre dès le début de l'entretien qu'il n'a même pas pris soin de jeter un coup d'oeil à sa filmographie. En résumé, la rencontre est un flop complet. Cet enchaînement de vexations laisse un goût amer aux deux protagonistes, chacun ne se sentant pas estimé pas à sa juste valeur, en même temps que semble naître une irrésistible attraction mutuelle. Le hasard fait bien les choses : un incident dans la rue impliquant Katya vaut à Pierre d'être légèrement blessé, ce qui pousse la jeune femme à l'inviter à son domicile afin de lui prodiguer quelques soins. L'interview peut alors réellement commencer. Entre attirance et hostilité, séduction et cruauté, Pierre et Katya se reconnaissent comme des adversaires dignes l'un de l'autre et plongent dans la spirale du duel.

Personnalité très atypique à Hollywood, Steve Buscemi semble constamment évoluer à contre courant des tendances qui dominent l'industrie. Non seulement l'auteur a su immédiatement imposer sa marque, sa vision et son humour, mais son dernier long, Lonesome Jim, prouvait qu'il n'avait pas peur de malmener joyeusement les valeurs traditionnellement adulées par la plupart de ses confrères. En outre, à l'heure où les majors privilégient le spectacle à grande échelle, Steve Buscemi se satisfait d'un budget de plus en plus rikiki et filme en DV des espaces toujours plus confinés - Interview plante en effet son décor principal dans un appartement. On pourrait croire que l'idée de reprendre le film d'un autre constitue un choix paresseux et amalgamer cette démarche avec la vague de remakes qui déferle depuis quelques années à Hollywood, qui témoigne d'une réelle crise de créativité. On se tromperait. Non seulement Buscemi rend ouvertement hommage à un autre réalisateur à travers une trilogie annoncée, ce qui distingue son film du simple pompage paresseux, mais ce réalisateur n'est autre que Theo Van Gogh, l'homme qui fut sauvagement assassiné par un intégriste islamiste déclaré suite à son métrage Submission (qui abordait de manière polémique la question des femmes dans l'Islam). La démarche est donc loin d'être anodine, même si les thématiques d'Interview n'ont guère de rapport avec l'objet de la colère des intégristes.

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