
HALF MOON
Un film de Bahman Ghobadi
Avec Ismail Ghaffari, Allah Morad Rashtiani
Durée : 1h54
Date de sortie : 11 juillet 2007
Après la chute de Saddam Hussein, Mamo reçoit l'autorisation qu'il attend depuis 35 ans de rejoindre le Kurdistan Irakien pour y donner un concert. Aidé de son fidèle ami Kako qui va se procurer un bus scolaire, il va parcourir le Kurdistan Iranien à la recherche de ses douze fils musiciens pour se rendre en Irak. Pendant ce voyage, il doit convaincre Hesho, une chanteuse qui s'est réfugiée dans les montagnes où elle vit avec 1334 autres chanteuses exilées.

Il faut bien reconnaître que le film de Bahman Ghobadi fait partie de ces longs métrages qui nous surprennent agréablement. Half Moon est un film qui s'inscrit dans la réalité quotidienne d'un pays complètement détruit. Mais nous ne trouverons pas ici d'anti américanisme, ni de violentes explosions provoquées par un kamikaze. Le film trace le parcours de Mamo, père de famille qui cherche à jouer sa musique avant de passer à trépas. Pour accomplir sa mission il doit réunir ses enfants musiciens et trouver la douce voix féminine qui l'accompagnera dans le chant. Le régime de Hussein est détruit mais la liberté n'est pas encore acquise dans ce pays dévasté qui cherche ( en vain pour l'instant ) à se reconstruire. Ces hommes et cette femme, Hesho, sont obligés de passer un certain nombre de postes de contrôle, ils doivent aussi cacher la femme dans les entrailles du bus (les droits des femmes restent encore très controversés dans cette partie du monde), ils subissent aussi les pressions morales des militaires, ce qui conduit certains enfants de Mamo à abandonner l'aventure. Ce contraste entre l'espoir d'une liberté trouvée et le paysage dévasté rend le film particulièrement bouleversant, et on s'attache à cet homme qui s'acharne à réaliser son rêve. Nos artistes ambulants voyagent dans des décors fabuleux dénoués de présence humaine, ils affrontent seuls ce paysage austère, bercé par le vent sec soulevant le sable chaud des déserts du moyen-orient.

Le film est le support utilisé par Bahman Ghobadi pour montrer la difficulté de faire exister artistiquement une oeuvre dans son pays d'origine. L'Iran reste un pays qui joue sur son ambigüité de pseudo liberté. Mais la réalité reste la même, des femmes persécutées, une censure extrêmement virulente qui conduit à ne pas distribuer Half Moon (sans oublier le récompensé cannois Persepolis) et un président extrêmement dangereux qui ne cesse de défier la communauté internationale. Half Moon est une belle odyssée, portée par une réalisation soignée et envoûtante, interprétée par des acteurs investis, mais qui malheureusement subissent encore les aléas d'un pays totalitaire. Il est réellement dommage de priver la population iranienne d'un tel film et ce sont encore les pays occidentaux qui ont droit à ces oeuvres contestataires. L'art cinématographique n'est pas simplement destiné à divertir les foules et à les empêcher de penser, c'est aussi un moyen d'expression pour dénoncer. Inutile de nous égarer, il y aurait tellement de choses à dire sur cette république islamique que nous sortirions de notre cadre. Mais il est important d'avoir des films qui dénoncent, qui luttent pour une liberté. Le plus étrange est que Half Moon n'est pas une oeuvre virulente, elle dénonce tout en étant une oeuvre poétique, subtile et intelligente. La censure de ce film reste encore un mystère.
Ne vous trompez pas, cette oeuvre est une petite merveille avec énormément de sentiments et de vérité.
Alexandre Jumel







































