
LA FIANCÉE ERRANTE
Un film d'Ana Katz
Avec Ana Katz, Carlos Portaluppi, Daniel Hendler
Durée : 1h25
Date de sortie : 08 août 2007

Alors que le bus les conduit vers la station balnéaire de Mar de las Pampas pour de courtes vacances, Inés et Miguel, deux trentenaires de Buenos Aires, ont une nouvelle dispute. Quand le bus s'arrête, Inés descend avec ses bagages, pensant que Miguel va la suivre, mais ce dernier reste dans le bus, la laissant seule sur le bord de la route tandis que le bus s'éloigne.
Avec des horizons pourtant très différents, le film d'Ana Katz fait penser d'emblée au film de Brigitte Roüan, Post coitum, animal triste, avec cette même mise à nue devant et derrière la caméra, cette même performance d'actrice transcendant le récit, ce même parler vrai sur l'amour qui ressemble plus à un journal filmé qu'à une fiction. Pourtant, les comparaisons s'arrêtent là car si le film de Brigitte Roüan traitait de la passion destructrice d'un amour naissant, celui d'Ana Katz traite au contraire de la perte de la passion tout aussi destructrice d'un amour mourrant. Emmenant le spectateur dans son périple sentimental avec sensibilité et sincérité, la réalisatrice-actrice signe un film touchant et vrai sur l'amour en déclin, constamment situé entre chien et loup.

D'une histoire en apparence banale, sur un amour finissant, Ana Katz en a tiré un film sensible et intime, plongeant au coeur de ses sentiments et décrivant avec justesse les errements psychologiques et amoureux qui conduisent le couple en pareille aventure. Naviguant entre amour et répulsion, entre espoir et désespoir, entre quête de l'autre et orgueil personnel, la réalisatrice convie à revivre l'entre-deux d'une relation qui s'éteint, parsemé des doutes et des tourments, et habité d'une insupportable incertitude sur ses sentiments et ceux de l'autre avec au bout du voyage la peur de la certitude de la fin. Ses sentiments et sensations, résumées à elles seules par les séquences de téléphone à son compagnon l'ayant abandonnée, variant par tous les états du désir d'être encore aimée, s'inscrivent aussi dans des éléments factuels au fort pouvoir symbolique, des vacances au commun qui tournent à l'errance solitaire, à la dispute dans le car où se conjuguent le mutisme de l'homme et l'incommunicabilité du couple, jusqu'à la rencontre d'un autre homme, trop entreprenant pour un deuil pas encore accompli. Mais ils s'inscrivent aussi dans l'espace du film, Inés déambulant dans la station balnéaire sans projet et revenant sans cesse sur ses pas, comme pour mieux figurer son errance et ses doutes. Pourtant, ce périple initialement prévu pour deux, a aussi des vertus et permet in fine de la mettre face à elle-même, dans la quête de son véritable désir et, si le film ne tranche pas, appliquant tout au long de son déroulement une signification diffuse, la fin semble apparaître comme un retour au calme, à une certaine sérénité, sans conclure sur le devenir du couple.
Touchant et très réussi dans l'évocation des sentiments, La fiancée errante l'est aussi dans sa réalisation et dans le jeu d'Ana Katz, se donnant corps et âme à son personnage. Aussi à l'aise dans la manifestation de sentiments tristes et désespérés que dans un léger humour qui relève parfois le film, l'actrice incarne magnifiquement cette femme habitée du désir d'aimer et confrontée au vide de l'abandon, dans des plans à fleur de peau où la réalisatrice permet de lire sur son visage comme dans un livre ouvert. Constamment à l'image dans un cadre qui la suit dans ses déambulations et semble l'enfermer, la réalisatrice-actrice traduit ainsi la focalisation sur sa personne et ses sentiments, en même temps que cette omniprésence renvoie à l'absence de son compagnon, seulement entrevu lors du prologue. Filmant au plus prés et sans aucun effet dans le déroulement de ses errances, Ana Katz donne alors à son récit intime l'aspect d'un instantané, présentant au spectateur non pas une fiction mais un moment de vie au charme insondable, délicat, subtil et sensible.

Très beau film sur les doutes et tourments qui marquent le déclin du couple, La fiancée errante inscrit joliment dans sa narration et sa réalisation ce cri d'amour muet qui ne trouve plus écho chez l'autre.
Arnaud Olzeski
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