LE COIN DU CINEPHILE : CANNIBAL MAN (ELOY DE LA IGLESIA)
Tout sur CANNIBAL MAN - Le 2007-07-31 23:45:51" Par son jusqu'au-boutisme et sa réputation sulfureuse, ce film appartient à la liste des «videonasties» (opus indésirables en Angleterre dans les seventies)."
Quelques mois après sa fascinante Créature, Eloy de la Iglesia est de nouveau célébré dans Le coin du cinéphile. Une manière de rendre doublement hommage à ce réalisateur espagnol majeur qui nous a quitté l'an passé dans le silence radio des médias. Réparons l'injustice. Travaillé par la notion de marginalité, il ne cessera au cours de sa carrière de traiter de l'homosexualité (Los placeres occultos, en 76; El diputado, en 78; Navajeros, en 80) et la drogue (El Pico 1 & 2, aka en français L'enfer de la drogue 1 & 2), deux univers familiers. Dans sa filmographie, Cannibal Man fait figure d'accident fascinant. Par son jusqu'au-boutisme et sa réputation sulfureuse, il appartient à la liste des «videonasties» (films indésirables en Angleterre dans les seventies). Son tournage déjà peu aisé fut aussi intense que sa trame narrative. Les acteurs et les techniciens étaient persuadés de travailler sur un film voué à l'échec qui n'obtiendrait aucun visa et provoquerait la perte de son producteur, voire de son auteur. Le film qui se situe quelque part entre le thriller horrifique efficace et la satire sociale cinglante narre l'itinéraire d'un homme qui taillade à la chaîne des quartiers de viande dans une fabrique de soupe en conserve. Un soir, alors qu'il errait paisiblement avec sa copine, il tue un chauffeur de taxi qui menaçait cette dernière. Par honte et sentiment d'autodéfense, notre héros assassine et entasse les corps en putréfaction dans sa baraque nauséabonde avant de refiler la viande humaine à l'usine agro-alimentaire pour nourrir le peuple. Physique de playboy à la psychologie torturée mode Arrabal, il titille la fibre érotique de tout ceux qui l'entourent, comme son voisin vieux garçon bourgeois qui passe son temps à l'épier de son appartement. Un peu comme plus tard le troublant personnage incarné par Anémone dans Péril en la demeure de Michel Deville qui surveille le couple Garcia-Malavoy en plein ébat sexuel.
A la manière des films contestataires italiens des années 70 (on pense rapidement à La grande bouffe, de Marco Ferreri), De La Iglesia signe une parabole peu aimable sur la société de consommation dès les premières images qui se déroulent dans un abattoir où des bêtes sont sauvagement dépecées. Des images que les cinéphiles ont déjà supportées pour les avoir déjà vues, yeux exorbités, dans l'étrangement poétique Sang des bêtes (Franju, le plus moderne des anciens réalisateurs). Ces images n'ont pas été sans conséquence même si elles semblent avoir été tournées hors de la fiction. La crudité des scènes et la peinture réaliste d'une faune bigarrée peu représentée dans le cinéma espagnol sous Franco assurent que De La Iglesia est premièrement un provocateur né mais surtout qu'il donne une importance sacro-sainte au naturalisme et donc à l'authenticité, peu en vigueur à l'époque frigide. En contrepoint, les scènes de meurtre hypertrophiées apparaissent obsolètes même si le montage très découpé essaye de renforcer un impact. Il suffit par exemple au réalisateur de montrer un train qui fonce à toute vitesse pour suggérer une tuerie. Dans un second temps, le tueur se sert d'un sac pour emporter les dépouilles humaines pour les confondre avec les viandes de l'usine et se débarrasser ainsi de toutes les preuves pouvant l'incriminer. Par ce stratagème, De La Iglesia sous-tend que les hommes se bouffent entre eux.
















