
Jamie Foxx au fil de sa carrière s'est imposé comme un acteur intéressant car à chaque rôle, il se remet en question, explore une autre piste. Il livre à chaque fois de véritables compositions souvent assez impressionnantes (comme dans Ali ou Ray). Depuis qu'il a été révélé par L'enfer du Dimanche d'Oliver Stone, il n'en finit pas de surprendre. Il livre des grandes performances à l'américaine (rappelant de Niro dans Raging Bull, dans la plus pure tradition du « method acting ») n'hésitant pas à se transformer radicalement pour incarner un personnage.

Il n'est en tout cas jamais où on l'attend, passant de Furtif à Jarhead, du très mineur Les maîtres du jeu à l'immense Collateral. Sa carrière et les différents aspects de son jeu vont être évoqués ici à travers ses films majeurs où il s'est souvent transformé, a pris son image à contre-pied, alors qu'on va le découvrir dans Dreamgirls en manager roublard et sans vergogne. Dans tous les registres il a su trouver la note, marquer ses rôles parfois proches de stéréotypes ou franchement casse-gueule, d'une touche personnelle et d'une compréhension profonde qui les a rendus simplement justes et assez marquants.
L'ENFER DU DIMANCHE
Dans ce film, Oliver Stone déploie toute sa virtuosité de mise en scène pour réussir le périlleux exercice du cinéma approchant le sport (produisant souvent des déceptions). On pouvait craindre que les acteurs soient noyés dans cette sauvage démonstration de montage furieux, à la Tueurs nés. Pourtant Al Pacino y trouve son meilleur rôle de la dernière décennie (il est rarement aussi bon que dans la tension et la fureur précisément) et on découvre Jamie Foxx, dans un rôle qu'on aurait pu craindre stéréotypé : le jeune footballeur aveuglé par la gloire et qui prend la grosse tête. Déjà, tenir sa place et exister devant Pacino le vieux fauve est un exploit en soi.

On commence par voir Jamie Foxx dans la peau du second remplaçant du quaterback vedette incarné par Dennis Quaid (grand acteur ici monumental), bref un athlète de troisième zone qui avait très peu de chances de connaître son quart d'heure glorieux aussi vite. Son entrée est catastrophique puisque, écrasé par la pression, il vomit sur le terrain. Mais il réussit tout de même une passe décisive et se fait remarquer. Et la machine médiatique s'emballe, s'empare du jeune homme jusqu'à lui donner le vertige, le propulse comme un météore aussi étincelant qu'éphémère. Car les médias sont versatiles et nous suivons la gloire et la disgrâce de ce jeune athlète en accéléré, on l'oppose au vieux lion, « le coach de l'âge de pierre » dans ces rivalités de pacotille dont la presse est friande. Le jeune homme d'abord simple et un peu dépassé, se fait bouffer par cet ogre qui se nourrit de mythes jetables. Il devient un frimeur et un poseur infâme, ivre d'orgueil, mégalo jusqu'à tourner des pubs et des clips de rap à sa gloire. Bref la jeune sensation pète les plombs, dispense sa sagesse sur les plateaux télé, est lâché par ses coéquipiers qui se chargent de lui rappeler que sans eux il n'est rien.
Dans ce voyage initiatique, Jamie Foxx passe donc de l'anonymat le plus complet à l'apaisement après la tempête médiatique à sa gloire. En même temps que l'on découvre son personnage sortir de l'ombre, on découvre la sensibilité de l'acteur, capable d'être touchant dans l'incrédulité à se retrouver sous les projecteurs et horripilant par la suite à force de prétention. D'une certaine manière, dans ce rôle, on a un avant goût de ce qu'il fera par la suite. Il dépasse le cliché et saisit la complexité de ce personnage à l'arc pourtant assez basique et qui aurait pu rester littéral. Il le rend humain. On comprend l'arrogance de sa jeunesse et de son inexpérience, son agacement devant le vieux coach donneur de leçons, son ivresse des sommets, et sa chute. A aucun moment on ne le condamne.

C'est autant l'évolution de son personnage que celle de Pacino qui structurent le film et ils forment ici un très beau duo d'acteurs. Ce qui sera d'ailleurs souvent le cas par la suite pour Jamie Foxx, cette belle complémentarité avec ses partenaires (avec Will Smith dans Ali, Tom Cruise dans Collateral et Colin Farrell dans Miami Vice).
![]() | ||
| ||









































