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KIM KI-DUK : IL CHANGE DE STYLE, IL NOUS BOULEVERSE

KIM KI-DUK : IL CHANGE DE STYLE, IL NOUS BOULEVERSE

Tout sur TIME - La Critique - Photos - Le 2007-08-08 02:36:33


Quand une femme jalouse craint de voir son homme lui échapper, elle change de peau et tente de le reconquérir. Quand un homme est du jour au lendemain abandonné par celle qu'il aime, il ne peut l'oublier et aller de l'avant. Quand Kim Ki-Duk laisse de côté le côté obscur de la société coréenne et se jette tête baissée dans une histoire d'amour éternelle, cela donne Time, une oeuvre singulière, profonde et bouleversante. Après la déception L'Arc, Kim Ki-Duk nous revient transformé et signe un film de maturité. N'ayons pas peur de le dire : Time est à ce jour l'un de ses plus beaux films.

Time Kim Ki-Duk
TIME

On se souvient que L'Arc racontait la passion douloureuse et suffocante de deux êtres coupés du monde et fascinait par sa radicalité. Mais au bout du compte, l'expérience laissait un vague sentiment de lassitude, celui d'avoir fait le tour des thématiques et des figures de style d'un réalisateur bloqué dans ses obsessions. L'univers restreint des personnages, un décor se résumant à un bateau en pleine mer, renvoyait certes à deux de ses plus belles oeuvres (L'Île et Printemps, Eté, Automne, Hiver et... Printemps) mais distillait de ce fait une impression de déjà-vu. De par son dépouillement extrême, ce décor participait aussi à transmettre une sensation d'immobilisme, d'immuabilité, comme si les émotions devaient rester figées à jamais dans cette eau glaciale. Les personnages principaux, un homme et une adolescente mutiques, vivaient dans le dénuement et paraissaient prisonniers de leur passion à caractère incestueux, au point de ne plus parvenir à exister par eux-mêmes. Longtemps sujets à controverse chez le cinéaste, les rapports entre hommes et femmes atteignaient une sorte de paroxysme dans le mélange de possessivité et de dépendance, l'adolescente se voyant presque élevée au rang de déesse tout en étant entièrement privée de sa liberté. Tout cela était bien beau, mais devant cette réunion de la plupart des clichés kimkidukiens, on craignait légitimement de voir l'inspiration de l'auteur s'essouffler.

Time Kim Ki-Duk
L'ARC

Relativisons toutefois ce constat. N'oublions pas que Kim Ki-Duk livrait un an auparavant le sublime Locataires qui amorçait déjà une évolution notable dans ses thématiques. Formellement parlant, Locataires restait bien entendu dans la pure lignée de ses longs métrages précédents - rareté des dialogues, rigueur des cadrages, lenteur du rythme, thème musical revenant de manière obsessionnelle - et représentait peut-être l'apogée d'un style qui avait eu le temps de s'affûter, de mûrir. Sur le plan du contenu, Locataires était habité par un véritable pessimisme sur la nature humaine mais prenait de réelles distances avec la provocation trash qui avait fait tant fait couler d'encre au sujet du cinéaste. Une provocation qui lui a d'ailleurs souvent valu les foudres de la presse locale, au point qu'il s'en excusait l'année dernière publiquement suite à quelques mouvements d'humeur lors d'un show télévisé (voir l'article). Il faut croire que l'année sabbatique que le réalisateur s'est autorisé à prendre après le bouclage de L'Arc lui a permis de prendre du recul, de tourner la page.

Locataires Kim Ki-Duk
LOCATAIRES

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