Ridley Scott commença sa carrière au début des années 60 comme réalisateur de séries télé. Les frères Scott gardent toujours un pied dans cet univers, notamment à travers la production de diverses séries dont
Numbers. Ce qui frappe chez lui, c'est la variété des thèmes qu'il peut aborder en insufflant à chaque fois son style à ses films. A plusieurs reprises dans sa longue carrière, il réalisa des standards, des films de références, devenus cultes avant, n'en doutons pas, de gagner leur galons de grands classiques. Dans son nouvel opus, American gangster, il réunit un casting de premier ordre (Denzel Washington, Russell Crowe) et dépasse le cadre strict du film policier (livrant grâce à un scénario brillant, une oeuvre ambitieuse sur la fin des illusions en Amérique). Il prouve encore une fois que quand il aborde un genre, il n'est pas rare qu'il le transcende. Il convient donc de se pencher sur ce metteur en scène qui a réalisé des monuments cinématographiques (Alien, Blade Runner, Thelma et Louise, Gladiator, Kingdom of heaven...), des films qui ont, pour une large part, marqué l'histoire du cinéma contemporain.

Avec son beau premier film,
Les Duellistes, le britannique imposait déjà sa mise en scène élégante et dynamique, un dix-huitième siècle assez époustouflant d'authenticité qui n'était pas sans rappeler dans la beauté de sa reconstitution le
Barry Lyndon de Kubrick. Cependant, l'approche de Scott est beaucoup moins contemplative. Il concentre son film sur l'antagonisme et la confrontation de deux soldats de l'armée Napoléonienne. Les duels à l'épée ont une intensité peu commune et ont été rarement filmés avec une telle efficacité, comme des chorégraphies grandioses et violentes. Tout le film est consacré à ce face à face, mis en scène avec une maestria étonnante pour une première oeuvre. Cette maîtrise fut d'ailleurs remarquée à Cannes en 1977. On pourra toutefois remarquer que l'enjeu dramatique n'est pas à la hauteur du souffle et de l'ambition de la mise en scène. Pourtant, cela reste un très bon film avec un beau face à face d'acteurs,
Harvey Keitel et
Keith Carradine.
La première claque viendra avec
Alien en 1979. On peut parler là d'une véritable date. C'était le début d'une belle saga (si l'on exclut l'affreuse dérive mercantile et opportuniste de
Alien vs Predator). Il s'agit encore d'une grande leçon de mise en scène. A de nombreuses reprises, on songe à Kubrick et à son
2001 Odyssée de l'espace. Car Scott prend le temps d'installer son univers, l'impitoyable huis clos qui se prépare.

Il s'agit véritablement d'un cauchemar. Mais le metteur en scène prend son temps, on découvre peu à peu le vaisseau et son équipage, leurs caractères bien marqués, leur complexité. On est totalement immergés, envoûtés, comme dans le chef d'oeuvre de Kubrick. Là où Scott se dégage de cette influence, c'est à l'apparition du « huitième passager », dont la présence se fait d'abord discrète sur le visage de John Hurt, puis lui explose la cage thoracique dans l'une des entrées les plus marquantes du cinéma fantastique. Ensuite, la créature se terre, se cache, on la cherche, on la traque, elle n'apparaît que soudainement, dans des déchaînements de violence qui déciment l'équipage. Peu à peu, tout se délite et les caractères s'exacerbent. Et Ripley, héroïne mythique incarnée par
Sigourney Weaver, révèle sa combativité et sa nature de survivante.