
Est-ce qu'avec Nothing, vous aviez envie de réaliser un film plus léger que les précédents?
J'ai eu besoin de changer de rythme. Cube et Cypher étaient comme des puzzles avec une intrigue complexe et une base narrative logique. Après avoir passé plusieurs années sur cette formule, j'avais envie de m'essayer à quelque chose de plus absurde. Le résultat donne Nothing.

Peut-on dire que vous aviez envie de changer de registre?
Je ne pense pas vraiment que mes films soient classables dans un genre précis. Ou du moins pas dans les catégories types telles que la comédie, l'horreur ou la science-fiction. Je travaille juste sous l'appellation «cinéma fantastique» et dans ce sens, je pense que Nothing convient parfaitement à ça. J'aurais beau changer de genre, je reste persuadé que mes films restent liés entre eux. J'aime à penser que mes films ont des liens de parenté. Nothing peut être vu comme la vilaine soeur tarée de Cube.
Est-ce que l'idée de faire Nothing dans un univers tout blanc est venue comme une réponse à la frustration laissée par le dénouement de Cube et sa lumière blanche qui suscite encore tant de questionnements?
Il ne faut pas voir de connexions entre la lumière blanche à la fin de Cube et celle qui entoure la maison dans Nothing au-delà du fait que j'adore l'esthétique des objets contre un fond blanc. Je pense que la lumière blanche doit avoir une signification particulière pour moi étant donné que je viens du Canada et que l'on peut y voir des paysages recouverts de blanc. Sans doute que cela confère une dimension de désolation et de désespoir. Mais avant tout, je trouve ça juste beau. Nothing est né plus simplement du fait que j'ai réalisé qu'un jour nous disparaîtrons tous. Et pas seulement nous. Tout ce qui se trouve autour de nous et tout ce que nous savons sur les civilisations. Tout ne sera que néant. Et si nous savons à l'avance que tout ce que nous aimons disparaîtra également, on peut se demander quelle valeur accorder aux choses. Aussi léger soit-il, Nothing introduit des idées sérieuses.

Les épisodes de La Quatrième Dimension vous ont inspiré?
Non. Mais en même temps, je crois savoir pourquoi vous dîtes ça. Mon inspiration se situe essentiellement du côté de Magritte et Saul Steinberg. Pour le cinéma, je citerai Withnail & I (Bruce Robinson, 1987) qui est aussi l'un des films que je préfère au monde, et The Yellow Submarine (George Dunning, 1968).
Vous aimez les films qui ne donnent pas tous les réponses aux questions qu'on se pose?
J'adore l'ambiguïté au cinéma. Spécialement lorsqu'elle est maniée de manière virtuose. Je pense à 2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. J'adore le fait que le monolithe ne soit jamais défini. Lorsque je réalisais Cube, il a constitué mon influence majeure. C'est pour cette raison que le second Cube était aussi catastrophique. Il répondait aux questions que j'avais laissées en suspens.
En toute honnêteté, quelle a été votre réaction en voyant cette suite?
J'ai regardé seulement dix minutes et j'ai arrêté. Ça procure une étrange sensation. Comme si quelqu'un avait pris mon film et fait une mauvaise version pour une kermesse.
Comment avez-vous rencontré vos amis David Hewlett and Andrew Miller, les deux protagonistes de Nothing, déjà dans Cube?
Nous nous sommes connus au même moment. Lorsque nous étions adolescents. Je travaille avec eux depuis mes débuts. David est présent dans tous les films que je fais depuis que l'âge de quinze ans. J'ai toujours eu envie de réaliser un film où ils étaient tous les deux seuls à l'écran. D'où Nothing. La relation entre Cube et Nothing devient grâce à eux extrêmement évidente. Les deux films s'intéressent à des personnages cloîtrés dans des prisons métaphysiques. La différence, c'est que dans Cube, la prison a des murs tandis que dans Nothing, elle n'a aucune limite. En réalité, Nothing est le second volet d'une trilogie informelle. La troisième partie s'appelle Echo Beach.

Pour Cube, vous étiez inspiré par Dante. Pour Nothing, on pense à l'univers de Beckett.
Totalement. Je l'ai découvert au lycée avec son théâtre de l'absurde. Je me souviens qu'à l'époque je faisais quelques petites pièces de mon côté, fortement inspirées par Beckett. Le résultat était très déroutant, vraiment barge. Une fois, les acteurs devaient physiquement attaquer les spectateurs présents dans la salle. D'une certaine façon, j'ai toujours gravité autour de ce genre de thèmes. J'aime à décrire Nothing comme du Beckett sans l'intelligence.
Dans votre court-métrage Elevated ou vos longs (Cube, Nothing), la morale reste la même: "l'enfer, c'est les autres". Vous partagez cette affirmation de Sartre?
L'enfer, c'est soi-même. Je parle d'expériences personnelles, bien entendu. Mais pour paraître plus optimiste, je crois que le salut peut être trouvé à travers un autre. C'est la morale de Nothing: l'amitié est ce dont vous avez besoin pour survivre. David et Andrew survivent sans rien, sans même leurs corps. Tout ça pour une seule raison: ils sont amis.

Que conservez-vous de l'expérience Cypher?
Ne plus jamais travailler avec les frères Weinstein. Rester loin d'eux. Ils ont enterré mon film aux Etats-Unis et je ne suis pas le seul dans ce cas-là. C'est tellement tragique tout ça. C'est d'autant plus pénible que j'aime beaucoup le film tel qu'il est. Je suis essentiellement reconnaissant à Metropolitan pour l'avoir sorti en France. Il croyait au film et l'ont soutenu jusqu'au bout.
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