
JE SUIS UN CYBORG
I'm a Cyborg but that's OK
Un film de Park Chan Wook
Avec Im Su-Jeong, Rain, Kim Byung-Ok, Oh Dal-Su, Yu Oh-Jeong, Park Jun-Myun
Durée : 1H45
Sortie : 7 Novembre 2007

Expérimentateur fougueux adulé et détesté avec la même outrance qu'il compose ses films gargantuesques, Park Chan-Wook a visiblement compris que Lady Vengeance devait être la fin des intrigues Shakespeariennes romantiques où des personnages de rien se bastonnent avec un marteau (Old Boy) ou se prennent les pieds dans la loi du Talion (Sympathy for Mister Vengeance). Un de plus, et il courrait le grand risque de se faire traiter de tous les noms d'oiseaux par ceux là même qui l'avaient soutenus depuis ses débuts jusqu'à son controversé avant-dernier film. Mais ce n'est pas pour autant qu'il va doser les émotions et se ranger lâchement dans le divertissement mâché. Quitte une nouvelle fois à se faire éreinter par les vieux grincheux qui ne voient dans son style que de la retape et de la boursouflure. Je suis un cyborg est donc un nouveau machin inclassable, totalement kitsch, bouillonnant de sérénité pastelle et rayonnant comme un chant d'oiseau à l'aube. Du presque jamais vu qui en met plein la vue pour peu qu'on ne soit pas familier avec l'univers foutraque du réalisateur. Au centre de ce joyeux bordel, le cinéaste énervé du matin calme n'a rien laissé au hasard en prenant comme personnages principaux deux vrais timbrés: Young-Goon (Im Soo-jung, découverte dans Deux Soeurs), une demoiselle persuadée d'être un cyborg et Il-Soon (Rain, star de la pop sud-coréenne inconnu chez nous), un gars plutôt brave convaincu d'avoir un don lui permettant de voler les qualités des gens qu'il observe. Bon sang mais c'est bien sûr! Après un démarrage proche de la niaiserie manufacturée (on dira merci au vilain générique de début), on finit par comprendre les intentions de Park Chan-Wook qui a simplement voulu faire une pause récréative pas bien méchante et signer un film «léger» que les enfants de l'âge de sa fille pourraient regarder sans se faire enguirlander par mamie. Seulement chez lui, «le film pour enfants» prend une dimension Gilliamesque non exempte d'une certaine noirceur et/ou d'un sens de l'humour mordant dont seuls les adultes se délecteront. Avec son univers au futur antérieur presque hors du temps où toutes les cultures et les folies se brassent gaiement, Park joue sur tous les tableaux et tous les publics sans sacrifier une idée sur l'autel de la bonne morale consensuelle.

On peut trouver ça frustrant comme totalement revigorant parce qu'on ne sait jamais si Je suis un cyborg est un film mineur, un gros bluff, une bourrasque esthétisante, une claque dans la gueule, une régression enfantine. Pendant près de deux heures, on ne sait pas sur quel pied danser. On imagine tout, et surtout le pire. A l'arrivée, il s'agit d'une fantasmagorie où mélancolie et fantaisie se disputent, à ranger parmi les films les plus dépaysants au monde (on comprend aisément le prix très spécial que le jury du dernier festival de Berlin lui a été décerné et la déroute de ses premiers spectateurs). D'un bout à l'autre, le résultat se veut équivoque, bordélique et pas épuré pour un sou. Ça manque tellement de rigueur et ça bouscule tellement les bienséances que ça en devient irrespectueux, drôle, iconoclaste, jouissif, insolent. Unique, ce qui n'est pas un mince exploit tant, aujourd'hui, dans notre chère industrie cinématographique et chez nos cinéastes obligatoires, copier sur son voisin est devenu un péché véniel. PCW a donc les couilles d'imposer ce qu'il veut au moment où il veut, quitte à gueuler plus fort que les autres. C'est d'ailleurs là qu'est l'embranchement: entre ceux qui rentreront sans peine dans sa fable de BD survoltée et ceux qui s'y baladeront en se sentant prisonniers d'une armada d'effets très spéciaux et d'histoires sans fin. Quel que soit l'itinéraire, l'expérience vaut le détour.
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PARK CHAN-WOOK : AUTOPSIE DU CYBORGAprès sa remarquable trilogie sur la vengeance, Park Chan-Wook renouvelle sa gra... | ||







PARK CHAN-WOOK : AUTOPSIE DU CYBORG


































