
PREVIEW : I'M NOT THERE (TODD HAYNES)
Tout sur I'M NOT THERE - La Critique - Photos - Le 0000-00-00 00:00:00Haynes n'est pas un patronyme inconnu dans le petit monde de la cinéphile. Loin du paradis, Safe, Velvet Goldmine... Avant de devenir le cinéaste qui allait faire pleurer dans les chaumières avec un opus subtilement bouleversant qui prenait la forme des mélodrames de Douglas Sirk pour causer de diktats on ne peut plus actuels, le cinéaste indépendant US s'est forgé une excellente réputation dans le milieu du cinéma underground. Au fil des années, il a prouvé une étonnante capacité à rebondir sur des sujets distincts tout en exploitant une thématique obsessionnelle et personnelle. C'est la marque des grands. Réalisé après le choc Superstar : The Karen Carpenter Story en 87, moyen-métrage réalisé après qu'il ait été diplômé de la Brown University et qui a soulevé moult controverses, Poison, son premier long-métrage, posait déjà les bases d'une thématique obsessionnelle, noire, endolorie et brute comme le désir. Dans tous ses films, il est question d'apparence (le vaste leurre du glam-rock dans Velvet Goldmine où il est plus important d'être soi-même que d'avoir l'air cool). Ou plutôt de la tromperie des apparences, des signes plus ou moins significatifs, des jugements hâtifs et des préjugés qui peuvent (parfois) fausser la perception et induire en erreur. Todd Haynes a tout compris et le traduit mieux que quiconque. Solitude intérieure, sentiment inexorable de perte, fantasmes indicibles, problèmes d'incommunicabilité. Le cinéaste traite de ces grands thèmes, en les mixant à tout ce qui fera le charme et la singularité de ses oeuvres : conflit entre le corps et l'esprit, la méta et le physique, difficulté d'appartenir au terrible moule social, failles qui craquèlent sous la placidité ambiante, problèmes avec la sexualité, froideur qui masque la détresse. Safe, son chef-d'oeuvre, en est l'aboutissement puisque chacun est libre d'interpréter la maladie de son interprète comme bon lui semble (métaphore du sida, radiographie de l'enfer social). En creux, Haynes travaille au corps le paradoxe et rappelle que la singularité est avant tout affaire de style (on peut faire un mélo des années 50 qui cause encore extrêmement bien des problèmes actuels).

Ce grand malin doublé d'un grand cinéaste construit chacun de ses films comme de vraies oeuvres d'art qui débouchent sur la réflexion et poussent le spectateur à aller au-delà des images mais à l'inverse de Soderbergh, cinéaste auquel on serait tenté de le rapprocher alors que Haynes se montre infiniment plus marginal ne serait-ce que par sa discrétion, il n'est pas prolifique. Voilà pourquoi chaque nouveau film est attendu comme le Messie. Et le futur I'm not there: suppositions in a film concerning Dylan s'annonce aussi tordu que son titre. Tel quel, c'est une évocation de la vie du folk singer Bob Dylan, incarné successivement par 7 comédiens différents. Ce biopic ne ressemblera pas aux autres et devrait assurément scruter l'identité morcelée de l'artiste. Christian Bale, Cate Blanchett, Charlotte Gainsbourg, Richard Gere, Julianne Moore (forcément), Ben Whishaw, Heath Ledger et Michelle Williams (déjà ensemble dans Le Secret de Brokeback Mountain) seront aux abonnés présents. Heath Ledger a été préféré à la dernière minute à Colin Farrell pour interpréter Dylan. C'est le premier projet de film sur Bob Dylan que ce dernier ait officiellement approuvé. Côté bande-son, non, promis, il n'y aura pas du Muse mais assurément du Bob Dylan et accessoirement si on est sages les participations de The White Stripes, Aimee Mann et d'autres artistes. Le résultat est présenté au prochain festival de Venise et arrive sur nos écrans avant la fin de l'année.
Romain Le Vern











































