
L'AGE DES TENEBRES
Un film de Denys Arcand
Avec Marc Labrèche, Diane Kruger, Sylvie Léonard, Caroline Néron, Emma de Caunes...
Durée : 1H55
Date de sortie : 26 septembre 2007

Dans ses rêves, Jean Marc Leblanc est un preux chevalier, une vedette de théâtre et du cinéma, un romancier à succès qui fait tomber les femmes à ses pieds et dans son lit. Dans la réalité, c'est un gratte-papier, un mari insignifiant, un père raté...
Voilà un film étonnant. Un film étrangement passé inaperçu à Cannes. Un film qui mériterait de ne pas être limité à son pitch réducteur. Il faudrait se contenter de son titre : L'Age des Ténèbres. Un titre qui pourrait sonner comme une nouvelle débauche d'Heroïc Fantasy et qui cache un film étonnamment en prise avec la réalité. Pourtant, on devrait être habitué. Denys Arcand aime brouiller les pistes. Le Déclin de l'empire américain, Les Invasion barbares et maintenant l'Age des Ténèbres, Arcand suit sa logique épique sans se départir de son acuité à dresser à grands traits le portrait d'une époque. Avec Les Invasions Barbares, les utopies du premier opus venaient à s'échouer sur les rives d'un cancer métaphorique. L'Age des Ténèbres s'ouvre donc sur un constat d'échec. Arcand n'a plus aucune illusion et délaisse la truculence de ses intellectuels libertaires pour se concentrer sur le quotidien pathétique d'un fonctionnaire du gouvernement du Québec. Mais en épousant le point de vue du personnage, Arcand s'ingénie petit à petit à dérouler devant les yeux du spectateur la réplique apocalyptique et alarmante de notre propre société. Cet Age des Ténèbres n'est donc pas encore le notre mais pourrait bientôt le devenir.

Par de subtils effets, d'infimes détails, Arcand décale le temps et l'espace et s'offre ainsi sa première oeuvre d'anticipation. Toujours au coeur des mouvances et des courants, politiques ou sociétaux, avec le Déclin et les Invasions, Arcand privilégie ici la caricature. La radio et la télévision ne cessent de se faire l'écho de drames de plus en plus atroces, le port du masque anti-bactérien est obligatoire, les téléphones portables et autres baladeurs Mp3 empêchent toute communication et les repas se résument à des plats sous vide à décongeler. Evidemment, il y a quelque chose de notre époque dans cet Age des Ténèbres. En prenant pour guide, Jean-Marc Leblanc (Marc Labrèche), petit fonctionnaire, Arcand nous entraîne au coeur des dédales d'une administration qui n'est alors pas sans rapport avec l'oeuvre définitivement consacrée de Terry Gilliam : Brazil.










































