
LE FILM DU MOIS : 4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS
Tout sur 4 mois, 3 semaines, 2 jours - La Critique - Le 0000-00-00 00:00:00
Romain Le Vern
Dans ce film mystérieux tout droit venu de Roumanie, beaucoup de choses surprennent. Ainsi, cette soudaine et haletante plongée dans la nuit interlope Roumaine en plan-séquence où des ombres menaçantes coursent une demoiselle téméraire dans les rues obscures. Ainsi, cette chambre d'étudiantes filmée comme une prison avec des cadres serrés et des personnages prisonniers d'eux-mêmes. Ainsi, cette vie cauchemardée des anges. En apparence, l'histoire est simple: une étudiante, farouche et déterminée, aide sa camarade à avorter en toute illégalité et se trouve prise au piège avec elle par un ignoble faiseur d'anges. Le traitement est à la fois ambigu et ambitieux. On pourrait le prendre au second degré du conte (les deux innocentes confrontées à un ogre pervers et les conséquences effrayantes de cette interaction) mais l'absence de morale tue la dimension fantastique. Le but du cinéaste est visiblement de rendre compte d'une réalité et surtout montrer le combat discret d'une anonyme qui s'affranchit d'une dictature sociale pour mener jusqu'au bout un dessein secret. On la suit, comme naguère on suivait la Rosetta des frères Dardenne. Mais il ne faut pas se fier aux apparences: 4 mois 3 semaines et 2 jours n'a rien d'un précipité post-Dardenne voire même post-Pialat aux tentations misérabilistes. Sa capacité à jouer sur une angoisse exponentielle lui assure une puissance presque insoupçonnable. La dernière partie qui s'apparente au climax fait basculer un récit jusque là inquiétant et troublant dans l'horreur viscérale, loin des Freddy Kruger et autres boogeyman imaginaires de pacotille, et nous gifle sèchement avec des images douloureuses qui agressent l'esprit tranquille du spectateur. Mungiu a eu le bon réflexe de balancer aux orties la lourde charge didactique d'un Ken Loach faussement révolté pour privilégier une peur blanche et sourde qui ne pointe jamais du doigt le monstre. Son regard incisif sur un pays en pleine déréliction tue, au même titre que celui lancé par l'actrice principale dans le plan final. Histoire de rattacher cette histoire minuscule d'il y a 20 ans à la réalité majuscule du monde actuel. .

Sophie Wittmer
Un film tranchant, décapant, dont on ressort blessé, perturbé, anéanti. Un film qu'il est pourtant impératif de voir, autant pour la puissance de son histoire, bouleversante, que pour la puissance de sa mise en scène, d'une virtuosité percutante, oscillant entre le drame, le thriller ou le documentaire, mais surtout pour la puissance d'une actrice saisissante. On se laisse envahir par sa présence, son regard pénétrant qui transperce l'écran. La tension se resserre de scène en scène et, au-delà du récit portant essentiellement sur le don de soi, le film s'ouvre sur les blessures de toute une nation.
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