
SA MAJESTE MINOR
Un film de Jean-Jacques Annaud
Avec José Garcia, Vincent Cassel, Sergio Peris-Mencheta
Date de sortie : 10 octobre 2007

En l'an de grâce... Mmh, oubliez. Le programme scénaristique du nouveau film de Jean-Jacques Annaud pourrait tenir en trois mots : «cul, cul, cul». Vous noterez que ce sont les mêmes, et pour cause: tout ici tourne autour du sexe dans tous ses états. Ajoutons que l'enjeu dramatique de cette fanfaronnade hédoniste qui évoque une relecture du Alexandre, d'Oliver Stone par Tinto Brass repose sur l'envie pressante du satyre Vincent Cassel de sodomiser le cochon José Garcia. On ne vous gâche rien en vous disant ça d'emblée. Car on ne vous a pas encore raconté la quêquête aux Eucalyptus dans la nuit noire, le romantisme lyrique incongru qui explose dans les dernières scènes et tout plein de détails de ce genre. On ne vous les racontera pas parce qu'il faut les voir à l'écran pour le croire. Ce goût salé sucré très prononcé pour le Q risque de beaucoup surprendre (et pas qu'un peu) ceux qui connaissent partiellement la filmographie de Jean-Jacques Annaud. Que ce soit à la Préhistoire (La guerre du feu), au Moyen-âge (Le nom de la rose), en Chine (L'amant), dans les tranchées (Stalingrad) ou même chez les tigrous (Deux frères), ses personnages s'adonnent au plaisir de la chair et aiment ça, sans éprouver la moindre culpabilité. Aux antipodes d'une posture pseudo-transgressive qui il y a encore deux ans dans notre bon vieux cinéma français faisait une très mauvaise pub pour le désir.

Depuis toujours, Annaud a proposé une représentation de la sexualité bestiale et ardente. On est d'accord: elle ne s'exprimait que par intermittences; et, quelles intermittences! Qui ne garde pas un souvenir ému de la furtive rencontre entre Christian Slater et la jeune sauvageonne dans Le nom de rose ou des embrasements sensuels simulés ou presque de Jane March et Tony Leung dans L'amant? Dans Sa Majesté Minor, il ne passe pas une scène sans que les personnages ne pensent pas à faire crac-crac et puis boum. En toute logique, Annaud a signé une drôle de cochonnerie paillarde dont le mauvais esprit grivois se rapprocherait du Jean-Pierre Mocky jouisseur des années 80 période Les saisons du plaisir (dialogues très écrits, casting de luxe, jungle du sexe). Contrairement à d'habitude, il a pris un héros qu'il a voulu très moche, loin d'un Brad Pitt au Tibet ou d'un Jude Law en sniper Russe. Ce héros, sorte de Candide confronté à la monstruosité humaine, c'est José Garcia, talent comique indiscutable affublé d'un bout à l'autre d'une coupe de cheveux à faire fuir les poules. En fin de compte, rien de si étonnant. Depuis le succès de La Victoire en chantant, son cinéma international est marqué par un éclectisme frondeur, une envie de bouffer à tous les registres (et pas les plus accessibles), de provoquer et/ou de surprendre le spectateur. Avant de lui tomber dessus, comme certains l'ont fait naguère avec son adaptation du roman présupposé inadaptable de Marguerite Duras, on peut au moins louer sa première audace qui consiste à avoir détaillé les obsessions qui traînent dans son esprit et parcourent son cinéma.
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