
CINE : LE REVE DE CASSANDRE
Tout sur LE REVE DE CASSANDRE - La Critique - Photos - Le 2007-09-03 18:49:36LE REVE DE CASSANDRE
Un film de Woody Allen
Avec Ewan McGregor, Colin Farrell, Tom Wilkinson
Sortie : 31 Octobre 2007

A 71 ans, Woody Allen continue de surprendre. Et, pourtant, au début, on ne se doute de rien en se croyant parti pour une chronique juste plaisante. Les premières images plutôt ternes emmènent le spectateur crédule vers «une promenade en bateau entre amis» riche en jeux de mots savants qui suinte la naphtaline. Or, l'ambitieux et fiévreux Le Rêve de Cassandre provient en réalité d'une douleur qui affleure à chaque plan: douleur d'un jeune homme jouisseur et dragueur de ne pas posséder une actrice dévergondée; douleur de deux frères qui ne se comprennent plus; douleur d'un monstre criminel bloqué dans ses basses manoeuvres par ses restes d'humanité. Une douleur qui bride le rire (puisqu'on ne rit quasiment jamais). Les enjeux très dramatiques de ce nouveau récit sont à la fois simples et complexes. Il faut juste attendre, comme on attendait le point de chute dans Match Point, que Allen dévoile son générique, pose le contexte Londonien, révèle la partition inspirée de Philip Glass et introduise les personnages. Au départ, on a un mystère neutre: Woody répond à une ligne claire de la mise en scène, un apparent degré zéro de suspense (la minoration de la mise en scène est dévolue à la seule économie). Ça dure environ dix minutes et Allen déroule les méandres d'un récit qui fait du surplace, sans saillies et sans vrais décollages, laissant le temps de l'horloge - celle des personnages et du spectateur - investir la perception, créer un lieu narratif où les discussions et les événements finissent par marquer par leur ordinaire et leur banalité. Rien de neuf au royaume de Shakespeare? Of course, non.

Vient tout d'abord un redoutable retournement de situation (le basculement vers la criminalité) qui apporte une vraie gravité dans l'écrin jusque là artificiel, idyllique, obsolète pour ne pas dire gnangnan. S'ensuit un nouveau coup de revers adroit qui permet au film de prendre une dimension puissante et viscérale sans que l'on s'en rende franchement compte. Et, finalement, le charme fonctionne crescendo au fur et à mesure que l'ambiance se dégrade. Notre Woody enchaîne comme à ses plus belles heures des moments de cinéma discrètement virtuoses. Pour faire l'inventaire exhaustif, disons qu'il instille de vrais moments de tension (l'exécution du meurtre). Sonde la peur au ventre (l'attente des deux frères cachés derrière un mur prêts à bondir sur leurs proies). Ausculte le mal qui contamine la raison (jusqu'où doit-on aller pour préserver un secret?). Court-circuite les figures imposées (l'élément perturbateur féminin qui joue au théâtre des pièces érotiques crues est peut-être une fausse piste). Compose des plans inventifs (les pièces séparent des personnages incapables de communiquer). Et nous emmène avec une fluidité suprême tout droit vers un final abrupt, suffisamment mystérieux pour laisser le charme de ce nouveau meurtre dans un jardin anglais agir dans nos cerveaux excités. Un dénouement «libre» qui traduit le refus du cinéaste d'imposer un point de vue de vieux chnoc moralisateur. Non pas que les personnages doivent se démerder avec leurs problèmes, ils sont avant tout prisonniers du destin et de la fatalité.
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