
CINE : L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES
Tout sur L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LACHE ROBERT FORD - La Critique - Photos - Le 2007-09-04 12:53:28
L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES
Réalisé par Andrew Dominik
Avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Shepard
Date de sortie : 10 Octobre 2007
Qu'est-ce donc que ce film que l'on dit "maudit" et "emmerdifiant"? Disons un "nouveau western" à la sauce Terrence Malick ; une symphonie doucereuse, une transe hypnotique, une rêverie anxieuse, une fantasmagorie d'une autre époque. Un objet pas fréquent en somme qui ravive chez nous, blasés cinéphiles, une croyance en un certain cinéma que l'on croyait presque perdu et qui, ô grande surprise, n'a pas peur de son rythme lymphatique ni même de sonder des choses insaisissables sans avoir peur de se faire taxer de pensum cérébral et prétentieux. Une chose que le film n'est carrément jamais. Normal que la Warner qui a demandé à plusieurs reprises que le film soit démonté et remonté ait eu peur d'un projet aussi ambitieux et ne sache pas comment le vendre! Au sens propre, "hallucinant" est l'adjectif qui correspond le mieux à ce joli spectacle. Ça dure 2h30 et ça pourrait durer une éternité sans que cela pose un quelconque problème. Un "grand film" comme on aime trop souvent à l'écrire. Mais un vrai. Un qui se pose des questions de cinéma, de mise en scène des lieux, des corps, des visages, des voix. Tout est pensé, réfléchi, précis. Tout ce qui pourrait ressembler à des coquetteries visuelles amplifie une atmosphère de "biopic éveillé" à la lisière du fantastique qui prend forme dès les premières scènes, par la simple présence fantomatique d'un Jesse James-Brad Pitt voyou cambrioleur qui sort de l'obscurité pour arrêter un train en contre-champ dans les lumières de phares éblouissants. Rien que pour cette scène, le film vaut le coup d'oeil. Mais pas que.

Andrew Dominik a visiblement inscrit son travail dans le cadre d'une réflexion offensive et argumentée sur les possibilités du cinéma, notamment sur les rapports entre la technicité du moyen d'expression et l'histoire plutôt audacieuse qu'il veut raconter. Ces choix sont toujours les bons, voire les meilleurs, même s'il se soustraie à quelques compromissions consensuelles (le recours à la voix-off que l'on imagine volontiers imposé par la prod pour ne pas perdre le spectateur en cours de route). Des compromissions mineures qui n'entachent rien du plaisir. Parallèlement, le cinéaste donne une importance au sens du cadre et de l'écoulement du temps à l'intérieur du plan, au jeu sur les focales qui font pénétrer dans une zone hors du temps, à la progression dramatique par accumulation de blocs d'affects, aux images fixes distendues par de légers travellings dans le bruissement d'un monde oldfashion, une attention extrême pour les errances mentales et les dérèglements du corps des personnages. Bref, vous l'aurez compris, ce n'est pas rien et cette profusion d'effets virtuoses invite à jeter un oeil sur le film plus d'une fois. Ne serait-ce que pour voir comment l'action et l'arrière-plan tranquille du décor (comprendre la surface et sa profondeur) cohabitent impeccablement. L'audace est non seulement formelle mais également narrative. Loin de partir dans des schémas classiques et pré-mâchés, Dominik a pris le pari de la dérive romantique en s'attachant à la relation ambiguë entre Bob Ford (Casey Affleck) et Jesse James (Brad Pitt), séparés par des vitres, réchauffés par des regards équivoques de frères ennemis, proie et prédateur sans que les rôles ne puissent s'inverser. Ou presque.













































