
DEAUVILLE 2007: CASEY & BEN AFFLECK, SIENNA MILLER
Tout sur TEETH - La Critique - Photos - Le 0000-00-00 00:00:00
Passé l'ouragan Brad Pitt (relire le compte-rendu d'il y a deux jours) qui a attiré toutes les demoiselles en fleur de Deauville, on ne peut pas dire que le festival de Deauville respire la joie de vivre. Dans la rue, à trois heures du matin, on peut voir marchant tout seul, sans garde du corps, un Brian de Palma taciturne qui se dirige d'un pas décidé et qui n'en peut plus d'attendre de présenter son nouveau film (Redacted). L'agitation molle actuelle du festival nous a fait oublier de vous parler de Monica Bellucci, de notre interview sereine un dimanche matin ensoleillé où la miss semble aimer les questions et les réponses au second degré (elle sera disponible sur le site la semaine prochaine, à l'occasion de la sortie au cinoche de Shoot' Em Up). Il faut dire, aussi, que L'assassinat de Jesse James, sorte de chef-d'oeuvre hallucinant qui sortira sur nos écrans le mois prochain, a calmé tout le monde. Notamment ceux qui pensaient avoir affaire à une boursouflure indigeste de plus de deux heures trente (mauvais échos totalement infondés divulgués par les aveugles). Ce que le film n'est jamais. Le nouveau long-métrage d'Andrew Dominik est un miracle d'intelligence qui réfléchit à chacun de ses plans, donne à voir la performance de l'année (Casey Affleck, comme on a toujours voulu le voir) et revient sur le mode néo-western pour détailler un mythe fondateur de l'Amérique. Pas une once d'ennui pour nous, même si la controverse fait rage et que pas grand monde ne semble soutenir cet objet trop lent pour être génial. Et pourtant, c'est un éblouissement constant. Du vrai grand cinéma comme on n'ose plus en faire.

A côté de ça, comment voulez-vous que les autres films présentés tiennent ? De bonne humeur, on notera une belle exception : Teeth, de Mitchell Lichtenstein, le Hard Candy de l'an passé, une curiosité trash en pleine compétition officielle, qui réjouit par son sens de l'humour féroce et sa mélancolie discrète. Quelques heures avant la projection, rendez-vous avec le réalisateur qui contrairement à son film se révèle être un quinquagénaire sage et timide. Mais armé de nobles intentions : faire craquer de toute part le puritanisme ricain. Le film, sinon ? Pourvu d'un argument fantastique (une adolescente découvre qu'elle a un vagin avec des dents) habilement exploité, ces dents acérées vont jusqu'au bout de leur délire. Le point d'orgue, c'est une visite chez le gynécologue - vraiment hilarante - où l'adolescente se pose des questions sur sa mécanique sexuelle (serait-elle frigide ? Mal constituée ? Anormale ?) et veut comprendre ce doux mal qui la dévore. La séance assez hallucinante ne rassure personne, ni le gynéco qui pourtant en a vu passer, ni l'ado qui se nourrit d'idées déjà noires. Résultat ? Un film sur le désir, sa reconnaissance. Qu'il s'agisse de créer des digressions sensualistes (la «première fois», loin des autres) ou une vraie tension dramatique (mordra, mordra pas ?), ce divertissement ajoute à son arc une critique acerbe sur le puritanisme américain. Cette petite comédie drôlement gore, bricolée selon les règles d'un Frank Henenlotter (Elmer, le remue-méninges ; Frankenhooker), explore quelques troublants fantasmes masculins et fait mal aux endroits les plus sensibles. Vous êtes prévenus. Mieux en tout cas que les retraités du CID qui, selon l'attaché de presse, sont partis par rang de dix lors de la scène chez le gynéco. Il n'empêche : tout le monde parle de ce film culotté, distribué par TFM (donc prochainement chez nous).
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