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CINE : LE PACTE DES LOUPS

Tout sur LE PACTE DES LOUPS - La Critique - Photos - Le 2008-05-05 03:33:33


Comme convenu, vous trouverez ci-dessous la 1ère critique développée du Pacte des Loups par Denis Brusseaux. Première approche positive du film et portrait de son auteur/NDLR.

Il sort enfin ! Initialement prévu pour Octobre 2000 et finalement repoussé au 31 janvier (Les Rivières Pourpres de Kassovitz n'auront ainsi pas eu à souffrir de la concurrence), attendu depuis plus d'un an, l'un des plus gros budget du cinéma français, retour annoncé à une tradition d'aventure et de fantaisie depuis longtemps raréfiée dans nos contrées, bref, Le Pacte des Loups débarque en fanfare. Après les espérances les plus folles, la réalité. Et elle est vraiment réjouissante !

LE PACTE DES LOUPS
2001
Réalisation de : Christophe Gans
Acteurs : Samuel Le Bihan, Monica Bellucci, Vincent Cassel, Emilie Dequenne, Mark Dacascos, Jérémie Rénier, Jean Yanne, Jean-François Stevenin, Edith Scob, Bernard Fresson, Jacques Perrin
Durée : 2h20
Sortie le : 31 Janvier 2001

Des intentions ne font pas un film et malgré toute la sympathie que peut inspirer un metteur-en-scène, son cinéma ne s'en trouve pas amélioré d'autant, de même que certains des plus grands réalisateurs sont ou ont été de parfaits misanthropes (Otto Preminger est le premier exemple qui nous vienne à l'esprit). Pourtant le profil de Christophe Gans est indispensable à connaître pour bien appréhender Le Pacte des Loups, l'une des oeuvres les plus originales que l'on ait vu depuis longtemps (tous pays confondus, car le patrimoine français ne doit pas être le seul contrepoint critique à ce film).

Gans est un cinéphile compulsif, un obsessionnel de cette culture populaire que l'on a souvent qualifiée de contre-culture (BD, jeux vidéos ou romans de gare le passionnent au même titre que le cinéma). Nous sommes très nombreux dans ce cas et sa passion pour les westerns, les super-héros, les films de sabres chinois ou japonais, les romans d'Alexandre Dumas et des milliers d'autres rêves bon marché est partagée par tous les spectateurs des séances bis de la cinémathèque, lecteurs de Mad Movies ou visiteurs réguliers des vidéoclubs correctement achalandés (c'est-à-dire proposant des films d'avant les années quatre-vingt dix...).

Ce qui distingue Gans de la masse des adorateurs du cinéma dit "bis" est sa générosité et son utopie: créateur de Starfix, de HK et de la collection vidéo éponyme, il a à ce jour réalisé deux films (sans oublier ses débuts dans un scketch pour Necronomicon) qui regorgent -jusqu'à l'explosion- de citations et de références, autant de déclarations d'amour à tout ce qui l'a fait vibrer mais aussi, et c'est un nuance essentielle, volontés évidentes de proposer aux nostalgiques d'une époque révolue (générosité) ou à ceux qui en ignorent l'existence et sont prêts à céder à ses charmes (utopie), de s'immerger à nouveau dans ce cinéma-là et d'en retrouver les sensations.

Tout ce que Gans a entrepris est donc placé sous le signe du partage. Cinématographiquement, sa première véritable tentative dans le long métrage, Crying Freeman, est un ‘'pseudo-ratage''. Gans plaque arbitrairement et sans logique aucune des références visuelles et stylistiques parfaitement étrangères au manga qu'il adapte, ce dernier ayant déjà à l'origine sa propre cohésion interne. Résultat : l'adaptation est dépouillée de son identité propre, les références sont creuses et vides de sens car séparées du contexte qui les avait initiées et ce, malgré une tenue formelle indiscutablement soignée. L'affaire commence ‘'plutôt mal'', bien que de tels défauts soit symptomatiques d'un cinéaste-cinéphile qui n'aime non pas UN cinéma, mais TOUS les cinémas et se trouve incapable de choisir.

Le Pacte des Loups anéantit d'un revers de sabre cet essai mal pensé et permet à présent d'y voir clair dans ce qu'on pourrait appeler ''le cinéma de Christophe Gans'', et la schyzophrénie y bat son plein. Le Pacte est un invraisemblable imbroglio visuel qui poursuit sur la voie référencielle de Crying Freeman à la puissance dix, tout en accusant une baisse sensible de qualité esthétique du fait d'une inconstance dommageable, le tout-venant alternant avec le très haut de gamme (on pense régulièrement au Sleepy Hollow de Tim Burton, ce qui n'est pas rien).

Mais, alors qu'on pourrait en déduire une baisse de qualité (les deux premières scènes font d'ailleurs assez peur dans le registre frime/effets mode/téléfilm/série Z/baston non-sensique), on se laisse intriguer par ces ambiances fantasmagoriques et malveillantes qui nous susurrent à l'oreille que la surprise est ici le maître-mot, car tout est permis. Puis, on se surprend à suivre sans difficulté et avec intérêt une intrigue aux personnages multiples véhiculant tous, sinon une personnalité complexe, du moins un bagage scénaristique riche et prometteur. Enfin, alors qu'un certain train-train commence à s'installer, favorisé en cela par quelques tunnels dialogués assez médiocres, le film s'emporte, adopte un rythme soutenu épousant avec élégance les circonvolutions aventureuses d'un scénario clairement inspiré des ''Capes et d'Epées'' de Philippe de Broca ou André Hunebelle, et concrétise avec brio son projet de chanson de geste épique, romantique et échevelée, à l'ancienne.

Enfin, pas tant à l'ancienne que ça puisqu'on n'avait jusque là jamais vu se télescoper, avec une telle hargne et une telle audace, des genres épars et dissemblables réunis ici, voire greffés pour les plus récalcitrants, au gré des zones de libertés offertes par le script. Le problème, on s'en doute, vient de ce que le script en question a été assez brutalement remodelé pour recevoir toutes les lubies et fantaisies de son mâitre d'oeuvre.

Nombreux sont donc les spectateurs à être restés perplexes devant : des gitans coiffés à la mode mongol, se livrant à des combats d'ultimate fighting en pleine lande brumeuse du Massif Central et usant pour se faire d'armes hétéroclites autant inspirées des jeux vidéos (tels que SoulCalibur) que des griffes de Serval ; un chaman Mowhawk (Mark Dacascos) recourant tant à la magie qu'au combat au tomahawk avec force peintures de guerre et communication avec la nature ; un empailleur de Versailles (Samuel LeBihan) pratiquant couremment l'escrime acrobatique avec épées jumelles (discipline jusque là réservée aux épéistes de Canton) ; une sorcière usant de techniques vaudou ; et surtout un aristocrate du cru (nous ne vous diront pas de qui il s'agit, mais ce n'est pas Jean Yanne !) se métamorphosant en guerrier, au bras droit mutant, à la cuirasse étincellante et sur-mesure, maniant une gigantesque épée-gadget et proférant des menaces du type : ''Je vais te trancher en deux !'' (le personnage est une sorte de mixage des méchants de L'Auberge du Dragon et Jiang-Hu, deux des meilleurs Wu-Xia-Pian contemporains - et édités par HK vidéo, soit dit en passant). Nous rappelons tout de même aux étourdis que ce film se situe au dix-huitième siècle et est sensé nous éclairer sur l'énigme célèbre de la Bête du Gévaudan, créature bien réelle ayant massacré plus d'une centaine de paysans. Intrigue prétexte ? Allons donc !

La bête ! Parlons-en justement ! Plutôt réussie en tant que silhouette, sa gestuelle est crédible mais son intégration aux décors laisse plutôt à désirer. Franchement mal mise-en-scène, elle interragit très mal avec les acteurs et ses attaques, peu nombreuses, sont vraiment décevantes, à l'exception d'une seule. Pourtant, Gans parvient à ménager une séquence réellement spectaculaire où elle tient la vedette, lorsque qu'elle est défiée en combat singulier par Mani l'indien, dans un étroit défilé truffé de pièges.

Car si Le Pacte des Loups reste un film monstrueusement inégal, inconstant et à géométrie variable, Gans s'y affirme pourtant à plusieurs reprises comme un metteur en scène à tempérament. On s'en doute, ces séquences sont toutes fortement chargées en hémoglobine mais elle dégagent une énergie, un enthousiasme de chaque seconde qui ne peuvent que réjouir.

Gans est comme le Père Noël : il remplit sa hotte à ras-bord pour que personne ne soit oublié, au risque d'écraser certains cadeaux et d'en choisir d'autres à la hâte. Les fautes de goût sont donc légion : des ralentis-accélérés à la mode de Gladiator qui foutent en l'air le travail du chef-op, un surdécoupage abrutissant qui gâche légèrement les belles chorégraphies de Philip Kwok, des inégalités esthétiques incessantes, une direction d'acteurs approximative, des baisses de rythme dommageables, des effets spéciaux envahissants qui se voudraient classieux mais sont surtout inutiles.

Le Pacte des Loups n'est donc pas un chef-d'oeuvre, loin s'en faut, mais il serait regrettable de bouder cette série B surdimmensionnée, toujours surprenante (parfois ridicule) et souvent excitante. Dire que l'on a jamais vu ça en France est une évidence. Mais son hystérie créative reste également unique en son genre en regard des blockbusters américains ou asiatiques actuels. Parce que ceux-ci exploitent des matériaux culturels plus homogènes ou parce qu'il est plus audacieux ? Le débat reste ouvert, la descendance du Pacte des Loups pouvant faire rêver ou inquiéter, selon les sensibilités. Pour sa part, Christophe Gans, après ce feu d'artifice en forme d'appels du pied n'a plus beaucoup de choix : continuer à faire du cinéma-mosaïque et se diluer dans sa propre mémoire cinéphilique (un filon qui s'épuisera vite pour le goût du public) ou traiter au premier degré un sujet qu'il illustrerait pour ses propres richesses, et non en y greffant tout et n'importe quoi, bref, devenir un vrai cinéaste. Wait and See !

Note : 7/10

Denis Brusseaux

  

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