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POINT DE VUE : REDACTED, LE DEBAT FAIT RAGE

POINT DE VUE : REDACTED, LE DEBAT FAIT RAGE

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Parmi les trois journalistes ayant vu Redacted, le nouveau Brian de Palma, au dernier festival de Deauville, personne n'est d'accord. Un film qui comme le souhaite son auteur doit provoquer des sensations viscérales et une absence de consensus mou. Résultat : un objet curieux, pas tiède, qui devrait raviver quelques discussions de cinéphiles. Le seul point positif sur lequel tout le monde semble d'accord. Après avoir donné la parole à la défense hier (Cédric Renier), on la donne au "pas content" (Romain Le Vern).

REDACTED
Un film de Brian De Palma
Avec Kel O'Neill, Ty Jones, Daniel Sherman
Date de sortie : prochainement

redacted

POINT DE VUE

Le fait que Brian De Palma revienne avec un nouveau film "totalement différent" n'est pas en soi une mauvaise nouvelle. Au contraire. Originellement tourné pour la télévision, Redacted annonce en grandes pompes un bouleversement radical dans sa filmographie. Une occasion favorable d'autant que le réalisateur semble d'humeur expérimentatrice et contestataire. Visiblement fatigué d'entendre que son précédent Dahlia Noir témoignait de son incapacité à renouveler ses figures de style et à retranscrire toute la densité du roman de James Ellroy, Brian de Palma négocie un virage radical en traitant de la Guerre en Irak à travers le viol d'une adolescente et le meurtre de trois membres d'une famille par des soldats américains. L'ensemble, qui mélange différentes sources d'images, est tellement inédit et novateur qu'il provoque des réactions exacerbées. Aussi différents soient-ils, ses films possèdent entre eux des interactions souterraines ou explicites. En surface, le résultat inspiré d'une histoire vraie évoque surtout une relecture de Outrages qui traitait de la même histoire dans un contexte historique différent (la guerre du Viêt-nam). En substance, cette relation renvoie au système des variations affectionné par le cinéaste.

redacted

Mais contrairement à Outrages, il utilise la forme du docu-fiction pour conférer une impression de proximité et le fond de l'enquête afin d'interpeller le spectateur en profondeur. La thématique qui crée le lien entre Redacted et ses autres films vient du rapport aux images, gratifiant le spectateur d'une réflexion sur l'art. Brian De Palma pose une bonne question : est-ce que le cinéma peut encore éveiller les consciences endormies et rendre compte de la barbarie humaine alors que des fictions ont tenté des années auparavant de stigmatiser la guerre ? Internet (YouTube, blogs, vidéos anonymes) sont de nouveaux systèmes de communication qui permettent une meilleure circulation des informations au détriment de la réflexion cinématographique. Verdict pessimiste : le cinéma (les plans-séquences, le travail sur la forme) ne sert plus à rien. S'il avait une utilité, il aurait depuis longtemps interrompu le bellicisme rampant aux Etats-Unis. L'intérêt du film ne consiste donc pas à savoir s'il s'agit d'un bon ou d'un mauvais cru mais s'il est salutaire et donc capable d'apprendre sous une forme nouvelle. Au minimum, on peut louer la prise de risque qui place De Palma à l'extrême opposé des cinéastes précautionneux qui n'osent pas sortir du rang. En revanche, et c'est là où le bât blesse, s'il prétend apporter une information nouvelle sur ce que l'on sait déjà des horreurs Irakiennes (Abu Ghraib, évoqué furtivement), l'ambition est totalement ratée, pour ne pas dire déplacée. Pendant une heure trente, Redacted filme des horreurs sur le mode vériste et ne fait qu'enfoncer des portes ouvertes, en tombant lui-même dans son propre piège (tout ce qu'il montre a déjà été montré ailleurs).

redacted

Sans retrouver l'éclat de ses plus belles heures, De Palma doit se contenter de sonder la bête humaine en prenant une thèse déterministe (le criminel est le produit de son environnement) sans chercher à aller plus loin qu'un assemblement d'images subjectivement montées. Bilan ? Un fatras qui réussit le fâcheux exploit d'annihiler la moindre tension viscérale et bascule dans un concentré complaisant de voyeurisme rance. Plus gênant encore : De Palma se satisfait du scandale qu'il cherche à déclencher et rappelle le Michael Winterbottom des mauvais jours avec un recours artificieux aux ficelles didactiques (extraits de documentaires) et aux effets grandiloquents (du Haendel en bande-son, en hommage pontifiant à Kubrick, sous-entendant par là qu'il était «le seul à montrer la pourriture de l'homme»). En sortant de la salle, on a l'impression d'avoir assisté à un exercice de style totalement vain dans lequel le cinéaste roublard expérimente sur la forme et rabâche péniblement sur le fond. L'ambition première du film semble être de créer la polémique. Qu'on ne s'inquiète pas pour lui, il va y arriver. Mais on peut se demander si, dans de pareilles circonstances, la controverse a encore du bon.

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  Note des Lecteurs
andromedius Pourquoi ce film est important 10    26 fév
 


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note des internautes :
8.8/10
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