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CINE : SEUL AU MONDE

Tout sur SEUL AU MONDE - La Critique - Le 0000-00-00 00:00:00


Le duo gagnant de Forrest Gump s'est reformé avec cette version moderne de Robinson Crusoë sans Vendredi (mais avec un ballon de volley prénommé Wilson) pour partir à l'assaut du box-office et tenter au passage de récolter une pluie de récompenses. Pari réussi dans sa première partie puisque le film fait actuellement un carton aux USA où il est en tête du classement depuis maintenant trois semaines avec plus de 143 millions de $ amassé devant What Women Want (avec Gibson), Traffic (le nouveau Soderbergh) et même le dernier Disney, The Emperor's New Groove.

SEUL AU MONDE (CAST AWAY)
De Robert Zemeckis
Avec Tom Hanks et Helen Hunt.
USA-2000-2h24mn
Sortie nationale le 17 janvier 2000

Ecrit par William Broyles, Jr. (scénariste de la nouvelle version de La Planète des Singes, réalisée par Tim Burton) qui s'est échoué sur une île déserte pendant plusieurs mois afin de coller au plus près de la réalité, Cast Away représenta pour Hanks et Zemeckis ‘'un grand défi''. ‘'A la fois un acte de foi et de terreur'', l'occasion pour le premier ‘'d'éprouver la difficulté d'être seul avec soi-même face à la caméra'' en réalisant une nouvelle performance, le moyen pour le deuxième de ‘'faire valoir ses compétences de cinéaste en usant principalement des outils purement cinématographiques, c'est-à-dire visuels''. (Propos recueuillis lors de la conférence de presse. Merci à Sylvie Forestier et Valeria Ciezar).

Gestionnaire pour FedEx dont il est chargé d'améliorer les performances, Chuck Noland est un homme dont la vie est monopolisée par le temps. Seul rescapé d'un crash aérien dans le Pacifique, il se retrouve isolé sur un bout de rocher, perdu au milieu de cet immense océan. Ayant enfin tous le temps qu'il pouvait espérer, il va devoir apprendre à survivre.

Il est assez fascinant de voir un film, quasiment muet pendant une heure trente (pratiquement ni parole ni musique, hormis les quelques monologues du personnage), pourtant produit dans le cadre d'un blockbuster hollywoodien. Qui plus est, pas le moins du monde ennuyeux dans les moments que l'on craignait le plus. Car ces choix de mise en scène mettent le spectateur au coeur de l'action en l'isolant avec Chuck sur l'île. Après une première partie tout à fait judicieuse, qui expose admirablement le personnage et son environnement (en totale opposition avec ce qui suivra), et une impressionnante scène catastrophe, hautement réaliste et filmée au plus près du point de vue humain (la caméra ne quittera jamais le cockpit avant que Chuck s'en échappe), le film nous propose ni plus ni moins qu'une étude sociologique et anthropologique de la survie.

Echoué sur son roc, Chuck dans un réflexe professionnel et un soucis zélé du devoir, commence d'abord par récupérer les colis FedEx miraculeusement rescapés, avant de comprendre qu'il va lui falloir les ouvrir afin d'y trouver les accessoires essentiels à sa survie. Le retour à l'état de nature n'est qu'une chimère : l'homme ne peut subsister sans technique et sans outil (ici des patins à glace qui vont lui servir de couteau).

Dans un premier mouvement, notre héros moderne, exclu pour un temps de la sphère humaine, va se heurter inévitablement à l'âpreté de la nature et en prendre littéralement plein la gueule. Intelligent, Zemeckis a évité l'écueil trop facile de la carte postale genre The Beach en choisissant des éclairages et une photo durs (signés Don Burgess, son habituel collaborateur).

Dans un deuxième mouvement, il va devoir apprendre à s'adapter (récupérer de l'eau, se nourrir, faire du feu, etc.) jusqu'à parvenir à développer de nouveaux réflexes et aptitudes comme celle d'attraper le poisson avec une lance.

Quatre années se sont écoulées, Chuck a tenu le coup, il a survécu, mais au prix d'une transformation qui le marquera à jamais, malgré son retour à la civilisation dans la dernière partie du film.

Au cours du film, le regard de Tom Hanks a changé, ses yeux ne renvoient plus la même image de son âme. C'est précisément là, outre ses qualités techniques et esthétiques (notamment la sobriété du discours) et en dépit de sa volonté affichée d'offrir à Hanks son troisième Oscar, que réside le grand intérêt et la plus importante réussite du film : l'enregistrement de ce passage subtil et délicat, difficilement visible, vers un autre ''être-au-monde'', la captation par la caméra de Zemeckis de cette perte et de ce gain.

Renaud Moran

  

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