
CE SOIR, JE DORS CHEZ TOI
Un film de Olivier Baroux
Avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey, Kad Merad
Date de sortie : 21 novembre 2007
Le point de départ est simple : un couple de trentenaires bien sous tous rapports voit son équilibre menacé lorsque la fille (Mélanie Doutey) exige du garçon qu'il s'engage et qu'au lieu de se partager entre leurs appartements respectifs, où chacun entretient ses petites manies, ils s'installent enfin ensemble. Mais cet ultimatum provoque chez Alex un violent sentiment de rejet qu'il dissimule derrière des prétextes infantiles, en invoquant la dépression de son ami et éditeur. Ici intervient Kad qui tient à merveille cet emploi de faire-valoir dans le rôle d'un baba chevelu et dépressif affublé d'un fils à qui on ne la fait pas.

En filigrane de cette comédie générationnelle affleure un thème très actuel, l'indécision face à l'engagement, qui s'inscrit dans la lignée du fameux Tanguy d'Etienne Chatiliez, même si les parents se trouvent relégués ici au second plan. On le voit, le propos est modeste, mais actuel. Olivier Baroux n'ambitionne que de remplir son contrat et il y parvient grâce au concours de ses interprètes et notamment du couple formé par Jean-Paul Rouve et Mélanie Doutey. L'ex-Robin des Bois est aujourd'hui parvenu à un statut enviable après des films aussi variés que Monsieur Batignole, Le temps des porte-plumes et surtout Nos jours heureux dans lequel il excellait en moniteur de colonie de vacances dépassé par les événements. Il brille en outre dans les rôles de types maladroits et un peu décalés. Sa partenaire est quant à elle rompue aux personnages à facettes, comme l'ont prouvé par le passé ses prestations dans la série “Clara Sheller” ou la comédie musicale On va s'aimer. Elle demeure toutefois paradoxalement victime de son physique, teint lumineux, sourire d'ange et regard de biche, et souffre d'un déficit de notoriété d'autant plus injuste que la palette de jeu de cette transfuge du Conservatoire est plus étendue que celle de la plupart de ses rivales plus branchées ou surtout plus trashy. Baroux en joue d'ailleurs à merveille en faisant passer à plusieurs reprises son personnage du rire aux larmes.
Ce soir, je dors chez toi remplit son contrat et rien que son contrat. Une fois le postulat posé, le scénario s'avère conforme à ce qu'on pouvait en attendre. Olivier Baroux la joue modeste et ne se hasarde que trop rarement dans les délires auxquels il nous avait habitués jusque là. Certains gags indiquent toutefois la voie plus délirante dans laquelle aurait pu s'engager le film. Il se cantonne à exploiter le mieux possible sa situation de départ, mais patine un peu lorsqu'il s'agit de conclure, les fausses fins succédant les unes aux autres jusqu'à une escapade new-yorkaise qui n'apporte pas grand-chose sinon le plaisir d'un exotisme familier. Mais le réalisateur tient son cahier des charges et le public devrait le suivre sans se sentir volé sur la marchandise. Après tout, le cinéma français ne nous donne pas si souvent que ça l'occasion de nous amuser, même si le prétexte pourra sembler un peu léger à certains esprits chagrins.
Jean-Philippe Guerand









































