LE MARIAGE DE TUYA
Un film de Wang Quan An
Avec Yu Nan, Bater, Senge, Baolier
Date de sortie : 19 septembre 2007

Avec ce film baigné d'une forte imprégnation ethnographique, on se trouve dépaysé d'entrée de jeu. L'action se déroule aux confins de la Mongolie intérieure. Et chez ces gens-là, la coutume a encore force de loi. C'est ainsi que quand le vieux mari de la bergère Tuya se trouve dans l'incapacité de subvenir à ses besoins à la suite d'un accident, la belle doit convoler d'urgence avec un autre époux. Or elle se trouve par ailleurs affublée de deux enfants et d'une centaine de moutons qui supposent un entretien assez lourd pour l'heureux élu, par ailleurs chargé en sus de nourrir le premier mari réduit à l'incapacité. On imagine aisément le parti qu'aurait pu tirer de cette situation singulière un auteur de boulevard. Wang Quan Nan opte délibérément pour une approche réaliste et se pose en témoin d'une région menacée par l'industrialisation.
Comme L'histoire du chameau qui pleure et Le chien jaune de Mongolie, Le mariage de Tuya adopte un point de vue résolument documentaire et entend témoigner d'un mode de vie en voie de disparition. C'est là le principal intérêt de ce film dont les interprètes sont pour la plupart des non professionnels, à l'exception notable de Yu Nan qui incarne Tuya. Il émane de ce témoignage une vérité palpable où le drame est souvent empreint de touches d'humour.

Au-delà du constat sociologique, le film s'attache à des personnages qui se défendent contre le progrès en répondant par la coutume. La réflexion ne manque pas de profondeur et on peut se laisser embarquer dans cette aventure dépaysante avec un plaisir mêlé d'intérêt qui ne doit rien aux contingences commerciales en usage dans le cinéma occidental. La pureté du coeur est parfois bénéfique.
Jean-Philippe Guerand
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